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Une étude met à jour un nouveau risque potentiel associé au recours à la géo-ingénierie solaire

Crédits : Pikrepo.

De nouveaux travaux montrent que la géo-ingénierie solaire – déployée dans le but de contenir le réchauffement climatique – ne nous préserverait pas de certains effets de seuil. En particulier, elle n’empêcherait pas une dissipation partielle des nuages bas. Un phénomène qui induirait à lui seul une hausse brutale et potentiellement irréversible des températures. Aussi, le recours éventuel à la géo-ingénierie devra impérativement s’accompagner d’une réduction parallèle des rejets de CO2.

Depuis le début de l’ère industrielle, la planète s’est déjà réchauffée de 1 °C en moyenne globale. Aussi, tandis que le seuil symbolique des 2 °C s’approche, certains mettent en avant un panel de solutions de secours. L’une d’elles vise à refroidir artificiellement la Terre en ensemençant les nuages bas pour les rendre plus clairs. Ainsi, la planète réfléchirait une fraction plus importante du rayonnement solaire incident. Le but étant d’arriver à un équilibre permettant de compenser l’augmentation des températures.

Géo-ingénierie : jouons-nous aux apprentis sorciers ?

Néanmoins, ces techniques de géo-ingénierie solaire restent controversées. En effet, si la compensation est théoriquement possible en moyenne globale, des régions se retrouveraient plus froides ou plus chaudes que le climat passé. Par ailleurs, le changement climatique n’est pas qu’une affaire de températures. L’acidification des océans, par exemple, se poursuivrait car les gaz à effet de serre continueraient à se stocker dans l’atmosphère. Un état de fait qui représente en outre un risque majeur jusqu’alors négligé selon une étude parue dans PNAS le 16 novembre.

géo-ingénierie
Cumulus marins vus depuis l’espace. Crédits : flickr.

Les chercheurs expliquent que l’effet direct du CO2 – qui ne dépend pas du piégeage de chaleur dans le système climatique – resterait actif. Or, à des concentrations très élevées, celui-ci risque d’induire une altération massive des nuages bas marins. Autrement dit, la planète perdrait un de ses réflecteurs les plus efficaces. « Par conséquent, des concentrations élevées de gaz à effet de serre peuvent déclencher un réchauffement climatique substantiel en réduisant l’effet de refroidissement fourni par les stratocumulus » indique l’étude, « même lorsque tout ou une grande partie de l’effet des gaz à effet de serre au sommet de l’atmosphère est compensé ».

Un rappel de prudence au vu d’incertitudes encore bien présentes

Actuellement, on estime que les stratocumulus maintiennent la température moyenne de la Terre environ 5 °C plus basse. Leur dissipation, même partielle, induirait donc une hausse supplémentaire de quelques degrés. « La géo-ingénierie solaire n’est pas une option à toute épreuve pour empêcher le réchauffement climatique car elle n’atténue pas les risques pour le système climatique qui proviennent des effets directs des gaz à effet de serre sur la couverture nuageuse », avertit le papier.

Les conclusions avancées dans l’étude restent sujettes à une incertitude substantielle. En particulier, concernant la concentration de CO2 à partir de laquelle la dissipation des stratocumulus peut se produire. Cependant, « malgré les mises en garde et les limites, les résultats illustrent un risque jusqu’ici non reconnu de la géo-ingénierie solaire » soutiennent les chercheurs. La déduction qui s’impose est qu’il reste encore du travail à faire pour s’assurer de l’efficacité des techniques de géo-ingénierie solaire. De plus, leur utilisation éventuelle devra impérativement s’accompagner d’une réduction parallèle des rejets de CO2. Le moyen le plus sur et efficace de limiter le réchauffement climatique étant encore de diminuer nos émissions comme le préconisent les différents rapports du GIEC depuis plusieurs décennies maintenant.

Source

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".