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Une étude explique pourquoi l’été 2018 a été aussi extrême à nos latitudes

Crédits : K. Kornhuber & al. 2019.

L’été 2018 et ses conditions météorologiques extrêmes ont marqué les esprits. On se souvient par exemple des épisodes caniculaires en Europe et en Amérique, mais aussi des pluies diluviennes qui ont dévasté le Japon. Ceci quasiment au même moment ! Des chercheurs ont pu relier ces nombreux excès climatiques à une configuration particulière du courant-jet. Laquelle risque de se produire plus souvent avec le réchauffement planétaire.

La première moitié de l’été 2018 a été marquée par de multiples extrêmes de chaleur et de pluie qui se sont manifestés quasi simultanément aux latitudes moyennes. Tandis que l’Amérique du Nord, le nord-ouest de l’Europe, le Caucase et la Sibérie étaient concernés par des températures caniculaires, le sud-est de l’Europe et le Japon faisaient face à des pluies diluviennes.

Ces anomalies ont parfois persisté plus de trois semaines, entre juin et juillet. À plusieurs reprises, elles ont fait la une des journaux dans le monde. Sans surprise, de nombreux records thermiques et pluviométriques ont été battus durant cet été hors-normes. Par ailleurs, les dommages résultants ont parfois été sévères.

Une configuration particulière du courant-jet

Dans une étude publiée le 26 avril 2019, des chercheurs ont tenté de comprendre pourquoi une telle simultanéité de phénomènes extrêmes s’est présentée à cette période. Le papier a été publié dans la revue scientifique Environmental Research Letters.

Leurs résultats pointent du doigt une configuration du courant-jet particulièrement propice. En effet, ce dernier présentait de vastes méandres encerclant l’hémisphère – voir ci-dessous. Or, lorsque le flux d’ouest ondule fortement, le déplacement des systèmes météorologiques tend à ralentir. Là où stagnent les dorsales, le temps est anormalement chaud et sec. Là où stagnent les talwegs, il est anormalement frais et humide. Si ces régimes météorologiques sont diamétralement opposés, ils sont néanmoins liés par une même structure atmosphérique. Laquelle prend l’apparence d’un train d’ondes. Par sa présence, ce dernier explique la co-variabilité observée entre des événements météorologiques distants.

jet atmosphère été
a) anomalies de température associées au mode 7 en été entre 1979 et 2017. b) vent méridien associé au mode 7 (vers le nord en rouge, vers le sud en bleu) en été entre 1979 et 2017. Crédits : K. Kornhuber & al 2019.

En 2018, le nombre d’ondes autour d’un cercle de latitude était de 7. Les scientifiques parlent ainsi d’un mode 7. Une propriété notable qui apparaît lorsque ce dernier s’amplifie – en plus de sa quasi-stationnarité – est son positionnement géographique préférentiel. En effet, ce sont presque toujours les mêmes secteurs qui croulent alors sous la chaleur ou les pluies. Par exemple, l’Europe de l’Ouest se retrouve systématiquement sous une dorsale propice à l’installation d’un épisode de canicule – en 2003, 2006, 2015 et 2018 entre autres.

Un mode de circulation de plus en plus fréquent

Si un courant-jet qui ondule n’est pas une situation exceptionnelle en été, la particularité de l’année 2018 est que ce schéma y fut particulièrement intense et persistant. Avant que ce mode de circulation ne s’atténue au cours du mois de juillet, les remontées chaudes et les pluies intenses ont donc stationné sur les mêmes régions. Une telle persistance peut s’avérer catastrophique, ainsi qu’ont pu le montrer la canicule de 2003 en Europe ou de 2010 en Russie pour ne citer qu’elles.

Or, les périodes où le jet estival ondule fortement et mène à des régimes quasi stationnaires* semblent devenir plus fréquentes au cours des dernières décennies. Une tendance qui pourrait être liée à l’accentuation du contraste thermique entre continents et océans à mesure que le climat se réchauffe. Toutefois, la question ne fait pas encore l’unanimité dans la communauté scientifique.

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Crédits : NASA/Goddard Space Flight Center Scientific Visualization Studio.

« Nous avons besoin de plus de recherches pour soutenir cette hypothèse », précise Kai Kornhuber, auteur principal du papier. Nous constatons une tendance à la hausse de ces configurations. Mais le problème est que nous ne disposons que d’une période relativement courte avec des données atmosphériques fiables ».

Quoi qu’il en soit « même si la fréquence de ces événements reste inchangée, les extrêmes induits par ce mode de circulation deviendront encore plus extrêmes en raison de la hausse moyenne de la température », avertit le chercheur.

* Définies ici comme la composante stationnaire du mode 7.

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