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Une découverte fortuite dévoile le rythme des glaciations en Antarctique

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Crédits : 12019/Pixabay

Des chercheurs de l’Université d’Otago, située en Nouvelle-Zélande, ont fait une découverte qui, bien que fortuite, apporte un enseignement précieux sur le rythme des glaciations en Antarctique lors du dernier million d’années. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Geoscience ce 5 décembre.

Le hasard fait parfois bien les choses. Alors qu’ils cherchaient à restituer le retrait de la plateforme de glace de Ross à la fin de la dernière période glaciaire, le professeur Christian Ohneiser et son équipe ont fait une découverte inopinée. En effet, ils ont remarqué que la carotte sédimentaire sur laquelle ils travaillaient couvrait une période géologique bien plus longue qu’ils ne le pensaient.

« La carotte de 6,2 mètres de long a été forée en 2003 et placée dans une archive aux États-Unis, mais n’a pas été étudiée plus que ça », rapporte le chercheur.  « J’ai prélevé un échantillon parce que je m’attendais à ce qu’elle contienne des données couvrant les quelque 10 000 dernières années ». Or, à la surprise générale, il s’est avéré que la carotte couvrait en réalité le dernier million d’années.

Une carotte sédimentaire qui ne fait pas son âge

C’est la trace, dans les sédiments, d’une inversion magnétique survenue il y a plus de 700 000 ans qui a mis la puce à l’oreille aux scientifiques. Ces derniers ont ainsi pu reconstituer la rythmicité des cycles glaciaires-interglaciaires du dernier million d’années dans la région où la carotte a été prélevée, c’est-à-dire en mer de Ross. Or, il est apparu que les phases glaciaires se succédaient non pas tous les 100 000 ans comme on le pensait mais tous les 40 000 ans, et ce jusqu’à 400 000 ans avant notre ère.

« Les icebergs qui proviennent de la plateforme glaciaire ont des sédiments et des roches sur leur face inférieure », explique Christian Ohneiser. « Lorsqu’ils se détachent, ils flottent vers la mer et laissent tomber les roches et les sédiments en fondant. Ils peuvent également provenir directement de la plateforme si la glace se trouvait juste au-dessus du site de la carotte. En déterminant la quantité de débris présents dans la carotte au fil du temps, nous pouvons dresser un tableau des changements de taille de la calotte glaciaire ».

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Crédits : Dan Beecham.

En Antarctique, l’obliquité joue les prolongations

Ainsi, au cours du dernier million d’années, l’inlandsis ouest-antarctique s’étendait et se retirait à un rythme de 40 000 ans avant de s’aligner sur un rythme plus classique de 100 000 ans. Ces fréquences correspondent aux paramètres astronomiques d’obliquité et d’excentricité. Autrement dit, jusqu’à il y a 400 000 ans, les alternances entre les phases froides et les phases chaudes étaient avant tout pilotées par les fluctuations de l’axe de rotation de la Terre.

Cette découverte permet de réconcilier la théorie, qui prévoit un rythme de 40 000 ans, avec les observations issues de carottages effectués à d’autres latitudes et suggérant au contraire un rythme de 100 000 ans, ce qui pouvait laisser penser qu’il fallait revoir la théorie. « Nous suggérons que l’insolation aux hautes latitudes a contrôlé l’absorption de chaleur par l’océan Austral et a continué d’être le principal cadenceur des glaciations antarctiques jusqu’à la fin du Pléistocène », rapporte l’étude dans son résumé.

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".