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Un requin du Groenland repéré dans les Caraïbes

requins groenland
Crédits : Hemming1952

Le requin du Groenland, l’une des espèces de requins les plus mystérieuses, a été repéré bien au-delà de ses repaires habituels. Des biologistes marins rapportent en effet avoir identifié un spécimen dans les eaux des Caraïbes occidentales, près du Belize, pour la première fois. Cette découverte laisse à penser que ces créatures énigmatiques, généralement observées dans l’Arctique, pourraient être plus communes et répandues qu’on ne le pensait.

En avril dernier, des biologistes de l’Université internationale de Floride se sont rendus à Glover’s Reef, un atoll corallien du Belize, avec des pêcheurs locaux pour marquer des requins-tigres. Un beau jour, alors qu’ils s’attendaient à tirer l’un de ces poissons hors de l’eau, les chercheurs sont tombés sur un tout autre spécimen d’environ trois mètres de long. L’animal grisâtre se déplaçait particulièrement lentement et ne ressemblait à aucun poisson que l’équipe avait rencontré auparavant.

« Je savais que c’était quelque chose d’inhabituel, tout comme les pêcheurs qui n’avaient jamais rien vu de tel au cours de toutes leurs années de pêche combinées« , a déclaré Devanshi Kasana dans un communiqué.

Sur place, l’équipe a relevé plusieurs mesures et pris quelques photos avant de relâcher la créature à l’eau. Après un entretien avec plusieurs experts, il en est ressorti que ce poisson appartenait à la famille des requins dormeurs. En raison de sa grande taille, il s’agissait très probablement d’un requin du Groenland ou d’un hybride entre le requin du Groenland et le requin dormeur du Pacifique (Somniosus pacificus).

requin du groenland
Le requin du Groenland découvert au Belize. Crédits : Devanshi Kasana

Des requins plus communs qu’on ne le pense ?

Les requins dormeurs sont ainsi nommés pour leur comportement très lent. Ces poissons dépensent en effet très peu d’énergie pour se déplacer ou pour chasser, attrapant même souvent leurs proies pendant leur sommeil. Le plus « connu » (il reste un mystère pour la science) est sans doute le requin du Groenland (Somniosus microcephalus), dont la durée de vie pourrait dépasser les 400 ans.

Bien que l’on pense généralement que ces requins passent la plupart de leur temps dans les eaux glaciales de l’Arctique, certaines populations semblent migrer. Des observations occasionnelles ont déjà été faites autour des tropiques, y compris dans les Caraïbes, au cours de ces dernières années. Cette dernière observation ajoute encore du grain à moudre à l’idée que ces requins pourraient être plus communs et répandus qu’on ne le pensait auparavant, tant que les températures de l’eau restent basses.

Concernant cette dernière observation, notez que l’atoll de Glover’s Reef se trouve au sommet d’une plateforme calcaire, formant un lagon entouré d’un récif de corail. Le long des bords de l’atoll, plusieurs pentes raides peuvent descendre à plus de 2 000 mètres de profondeur. Autrement dit, un requin du Groenland pourrait parfaitement y prospérer.

L’équipe prévoit de poursuivre les recherches, même si les chances de rencontrer un autre de ces requins restent très faibles. Cela dit, on ne sait jamais. Les chercheurs sont désormais équipés de plusieurs balises satellites prêtées par l’un des meilleurs experts mondiaux des requins du Groenland, le professeur Nigel Hussey, de l’Université de Windsor. Si « la foudre frappe deux fois », ils pourront alors le marquer et suivre ses mouvements.