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Un (possible) signe de vie découvert sur Vénus

Vue d'artiste de la surface de Vénus. Crédits : Agence spatiale européenne

La Royal Astronomical Society vient de faire une annonce potentiellement révolutionnaire. Des astronomes ont en effet isolé la présence de phosphine dans les nuages de Vénus. Il s’agit d’un gaz qui, sur Terre, peut être produit par des bactéries anaérobies.

Vénus, autrefois jumelle de notre planète, est aujourd’hui considérée comme le pire endroit du système solaire. En surface, la température moyenne grimpe en effet à 462 °C (assez chaude pour faire fondre le plomb) et la pression atmosphérique est 92 fois supérieure à celle de la Terre. Plus en altitude, des nuages constitués de gouttelettes de dioxyde de soufre et d’acide sulfurique rendent également l’environnement particulièrement corrosif. A priori, donc, la planète apparaît comme hostile à la vie. Et pourtant.

Dans le cadre d’une conférence de presse tenue ce lundi à 17h, des chercheurs de la Royal Astronomical Society de Londres ont fait une annonce extraordinaire. Ces derniers ont effet isolé la signature spectrale d’une molécule rare – la phosphine – à une altitude où les températures et les pressions sont similaires à celles du niveau de la mer sur Terre. Une première fois en 2017, avec le télescope James Clerk Maxwell, puis une seconde fois à l’aide du Grand réseau d’antennes millimétrique/submillimétrique de l’Atacama, en 2019.

“Ce fut un choc”

Sur Terre, celle molécule peut être produite de deux manières : soit synthétiquement en laboratoire (pour être utilisé comme pesticide), soit par des micro-organismes évoluant dans un environnement sans oxygène (extrêmophiles). Nous avions déjà isolé de la phosphine dans l’atmosphère de certaines planètes du système solaire, comme Jupiter ou Saturne, riches en hydrogène. En revanche, sur une planète tellurique, hormis la Terre, c’est une première.

Quand nous avons eu les premiers indices de phosphine dans le spectre de Vénus, ce fut un choc“, a déclaré Jane Greaves, chef d’équipe de l’université de Cardiff au Royaume Uni, à l’origine de la découverte. Le fait d’avoir isolé cette signature spectrale est d’autant surprenante que l’atmosphère de Vénus devrait normalement oxyder cette molécule. Les chercheurs sont pourtant catégoriques : il y a bien de la phosphine sur Vénus, à hauteur de 20 ppm (parties par million).

Ces deux incroyables détections, faites à deux ans d’intervalles, supposent donc l’existence d’une source de production de phosphine sur la “jumelle diabolique” de la Terre. Mais laquelle ? C’est LA grande question.

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Représentation de la molécule phosphine (PH3) / ESO/M. Kornmesser/L.Calçada & NASA/JPL/Caltech

Une possible voie biologique

Sur Saturne et Jupiter, la phosphine se forme dans les intérieurs chauds et à haute pression de ces géantes gazeuses, avant d’être évacuée à la surface par convection. Mais Vénus semble incapable de proposer les mêmes conditions. Aussi, dans la revue Nature Astronomy, les chercheurs soulignent avoir exploré une quarantaine d’autres voies possibles de fabrication “chimiques” de la phosphine.

L’écrasante majorité ont une origine non biologique : la lumière du Soleil, les minéraux soufflés vers le haut depuis la surface, le volcanisme ou encore la foudre… Pourtant, d’après les calculs, toutes ces sources ne pourraient fabriquer, au mieux, qu’un dixième de la quantité de phosphine détectée par les télescopes.

Évidemment, les chercheurs n’excluent pas une photochimie ou une géochimie encore inconnue… mais ils penchent pour une origine biologique. Les extrêmophiles terrestres capables de fabriquer ces molécules, expliquent-ils, n’auraient sur Vénus besoin de travailler qu’à environ 10% de leur productivité maximale.

Interrogé par France Inter, Emmanuel Marcq, maître de conférence à l’Université Versailles-St Quentin, évoque une découverte particulièrement “intéressante“, mais qui demande confirmation avec d’autres moyens de détection. “Pour l’instant la détection repose sur la présence d’une seule raie dans le domaine des ondes radio”, explique t-il. “Il faut voir si elle est confirmée par une observation dans l’infrarouge, une technique où les gaz possèdent chacun une signature spectrale spécifique. Cela lèverait toute ambiguïté”.

Selon lui, “si on n’arrive pas à expliquer par des réactions chimiques la production du gaz, il faudra ouvrir la porte à l’hypothèse d’une production biologique, c’est à dire de forme de vie extrêmophile vivant dans les gouttelettes des nuages de Vénus“.

En attendant, l’équipe de Cardiff appelle à poursuivre les recherches, et même à envoyer une nouvelle sonde pour effectuer des mesures directement sur place, voire même collecter des échantillons d’atmosphère pour les ramener sur Terre.