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Un “El Niño nucléaire”, conséquence inattendue d’un conflit armé à grande échelle

Crédits : NASA.

Outre une baisse du rayonnement solaire et un refroidissement brutal du climat, un conflit armé de grande échelle déclencherait l’apparition d’un phénomène baptisé El Niño nucléaire. C’est en tout cas ce que détaille une étude menée par des chercheurs de l’Université Rutgers (New Jersey, États-Unis). Les résultats ont été publiés dans la revue Communications Earth & Environment ce 22 janvier.

Les fumées associées aux gigantesques incendies provoqués par une guerre nucléaire induiraient un refroidissement majeur et brutal du climat global. En effet, les particules de suie dispersées dans l’atmosphère diminueraient durablement la quantité de rayonnement solaire atteignant la surface. Aussi, le vivant serait à la fois bousculé par des températures anormalement basses mais également par le manque de lumière.

El Niño nucléaire, un phénomène jusqu’à présent inconnu

Grâce à de nouvelles simulations numériques, des chercheurs ont récemment découvert qu’un tel conflit mondial conduirait également à l’apparition d’un épisode El Niño particulièrement extrême. Les scientifiques l’ont baptisé El Niño nucléaire pour souligner le caractère très spécifique du phénomène. Plus précisément, celui-ci se caractérise par une intensité et surtout une durée inédites – persistant jusqu’à plus de sept ans. On rappelle que les épisodes naturels subsistent jusqu’à deux ou trois ans tout au plus. Quelques mois seulement si l’on considère le pic d’intensité.

Ces résultats ont des implications sensibles en termes de sécurité alimentaire. Et pour cause, El Niño provoque une diminution de la remontée d’eau riche en nutriments depuis les profondeurs vers la surface dans le Pacifique. Situé à la base du réseau trophique marin, le phytoplancton ne peut donc plus se développer et sa concentration chute drastiquement. Associé à la baisse de température et de luminosité, c’est un réel choc que la vie marine devrait encaisser.

El-niño nucléaire
Anomalies de température quatre mois après une guerre nucléaire majeure. Aussi, notez la langue chaude localisée dans le Pacifique est-équatorial. Il s’agit d’un El Niño très spécifique déclenché suite au conflit armé. Très défavorable à la vie marine, il durerait jusqu’à sept ans. Crédits : Joshua Coupe & coll. 2021.

« Dans nos simulations, nous constatons une réduction de 40 % de la biomasse de phytoplancton dans le Pacifique équatorial, ce qui aurait des effets en aval sur les grands organismes marins dont les gens se nourrissent » souligne Joshua Coupe, auteur principal de l’étude. « Des recherches antérieures ont montré que le refroidissement global à la suite d’une guerre nucléaire pourrait entraîner de mauvaises récoltes sur les terres. Notre étude montre que nous ne pouvons probablement pas compter non plus sur les aliments marins pour nourrir les gens, du moins dans cette région du monde ».

Une réponse proportionnelle à la perturbation climatique

Dans leur papier, les chercheurs ont exploré les conséquences associées à six scénarios possibles de conflits armés. Selon l’importance des affrontements, la quantité et donc l’impact climatique des fumées sont plus ou moins importants. Dans le cas le plus optimiste, 5 millions de tonnes de suie sont émises vers la haute atmosphère. Cette valeur s’élève à 150 millions pour le scénario le plus violent. Les simulations montrent que dans ce cas, la température chute de 10 °C en moyenne globale et en l’espace de seulement deux ans. Sans grande surprise, la survenue d’un El Niño nucléaire est d’autant plus probable et violente que la perturbation climatique est importante.

« Se tourner vers l’océan pour se nourrir après une guerre nucléaire qui aura considérablement réduit la production agricole sur terre semble être une bonne idée » explique Alan Robock, coauteur de l’étude. « Mais ce ne serait pas une source fiable de protéines dont nous avons besoin. Nous devons empêcher les conflits nucléaires si nous voulons protéger notre nourriture et l’environnement de la Terre ».