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Un ciel verdâtre sous orage indique-t-il l’arrivée imminente de phénomènes météorologiques particulièrement violents ?

Crédits : Pixabay

Si le ciel prend une couleur verdâtre à l’approche d’un orage, est-ce là une indication que des phénomènes violents vont se produire, comme des tornades ou des gros grêlons par exemple ? Beaucoup de personnes associent la couleur verdâtre d’un ciel orageux à l’arrivée imminente de phénomènes intenses. Cependant, est-ce une réalité physiquement démontrée ou cela tient-il plus de la légende urbaine ?

Parfois, lors de l’arrivée d’un orage, le ciel prend une couleur verdâtre. Il existe un discours populaire selon lequel cette coloration céleste serait l’indice que des phénomènes particulièrement violents sont sur le point de se produire. Sont notamment évoquées les tornades et la grosse grêle. Par exemple, dans les régions très sujettes aux tornades – comme le centre des États-Unis – l’apparition d’un ciel verdâtre devrait encourager les habitants à se mettre en sécurité dans leur cave ou dans un abri adapté. Ces associations se sont progressivement propagées comme des sortes de légendes urbaines, sans que l’on puisse facilement en démêler le vrai du faux. Que disent les recherches à ce sujet ?

En fait, on parle de façon outrancière d’orages verts (green thunderstorms en anglais) pour qualifier les orages qui arborent une teinte de cette couleur. Une hypothèse suggère que c’est le sol qui donne indirectement cet aspect aux nuages, par réflexion de la lumière ambiante lorsque la surface est couverte de végétaux (G.D Frier, 1992). Toutefois, des mesures faites par spectrophotomètre montrent que ce n’est pas une condition nécessaire ni suffisante pour que le phénomène se produise. Entre 1995 et 1996, des chercheurs américains ont en effet intercepté des orages, dont 15 présentaient une teinte jugée verte par un observateur humain. Ils ont ainsi pu mesurer les caractéristiques du spectre lumineux qui leur était associé. Les résultats indiquent que le phénomène n’a pas de lien significatif avec la nature du sol sous-jacent*, mais trouve bel et bien son origine dans le ciel.

En outre, les mesures faites sous des orages ayant produit de la grêle indiquent que celle-ci peut tout aussi bien être associée à des spectres colorimétriques caractéristiques des orages verts qu’à des spectres bleu-gris plus classiques. Il en est de même pour les tornades, ce qui suggère qu’un ciel qui se teinte de nuances de vert ne possède aucune valeur prédictive particulière quant à ces deux phénomènes. Il nous reste donc à comprendre l’origine de la coloration.

Malgré le nombre très limité de recherches menées sur cette thématique, l’hypothèse la plus probante conclut que ce phénomène est issu du rayonnement orangé du soleil couchant – ou levant. En traversant le nuage, il subit une absorption préférentielle des couleurs chaudes par les gouttes et gouttelettes d’eau, et apparaît verdâtre pour un observateur sous la base nuageuse. Cette hypothèse a été testée numériquement, et indique qu’il existe des variantes allant du bleu-vert au jaune-vert – ce que confirme l’observation – suivant la taille des gouttelettes notamment. Cela expliquerait par la même occasion pourquoi les orages verts sont surtout observés en fin d’après-midi et en début de soirée – lorsque la fréquence orageuse est la plus élevée et que le soleil se couche.

Notons que cette manifestation nécessite une épaisseur et une densité nuageuse élevées, d’où le fait qu’on la retrouve essentiellement associée aux cumulonimbus. Cette nécessité serait à la source du lien souvent rapporté entre ciel vert et orage violent. Les cumulonimbus les plus grands et les plus denses tendant à la fois à être les plus actifs et les plus favorables à l’appauvrissement en couleurs chaudes étant donné la plus grande épaisseur à traverser pour les rayons lumineux. Toutefois, on l’a vu, ce lien est indépendant du type de temps violent en présence.

Enfin, les scientifiques rapportent que ces orages verts se produiraient bien plus souvent que ce que l’on pourrait penser. Effectivement, la plupart du temps, les conditions sous orages sont trop sombres pour que l’œil humain soit capable d’en déceler subtilement la couleur**. En conclusion, les orages associés à un ciel de couleur verdâtre n’ont pas une plus grande aptitude à produire des tornades ou de fortes chutes de grêle que ceux qui n’auraient pas cette teinte – contrairement à l’idée populaire. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas être violents, d’autant plus qu’ils signent la présence de cumulonimbus particulièrement épais ! De manière générale, il convient de toujours prendre les précautions recommandées à l’approche d’un orage – quelle que soit sa « couleur » – et de s’informer des vigilances météorologiques potentiellement en cours.

* On retrouve par exemple des spectres caractéristiques d’orages verts au-dessus des terres rouges-brunes d’Oklahoma.

** Cette assertion permettrait d’expliquer pourquoi ce sont très souvent les régions les moins épaisses d’une structure orageuse qui laissent le mieux apparaître les teintes vertes – entre les stries orageuses à l’avant d’un arcus ou juste derrière les bases ascendantes au niveau du rideau de pluie comme sur la photo d’introduction.

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