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Le ‘troisième pôle’ menacé par la montée des températures

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Crédits : capture vidéo / tibetchannel.

Les vastes glaciers du plateau tibétain alimentent en eau un quart de la population mondiale. Or, une nouvelle étude attire l’attention sur le déséquilibre croissant qui affecte ce château d’eau géant avec des répercussions majeures pour les ressources en eau des pays situés en aval. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Reviews Earth & Environment le 7 juin dernier.

Surnommée le troisième pôle ou le château d’eau de l’Asie, la masse glaciaire du plateau tibétain fournit en or bleu près de deux milliards de personnes. Perchés sur les hautes terres tibétaines, les glaciers alimentent de nombreux lacs et autres rivières dont bénéficie l’agriculture fortement irriguée des pays situés en aval. Cependant, une menace plane sur le château d’eau de l’Asie et, de fait, sur les activités qui en dépendent.

Élévation des températures et diminution des glaces

Avec le réchauffement, les glaces fondent et se subliment plus fortement, ce qui provoque un déséquilibre entre l’accumulation et l’ablation. Sur la période 1980-2018, la température a ainsi augmenté de 0,42 °C par décennie, soit deux fois plus que la moyenne mondiale. En outre, les chercheurs ont constaté une perte de 340 milliards de tonnes de glace depuis 2000 et un gain de 166 milliards de tonnes d’eau pour les lacs. Enfin, les précipitations ont évolué de sorte à favoriser l’alimentation des bassins endoréiques situés au nord au détriment des bassins exoréiques du sud.

troisième pôle
Évolution des précipitations (haut, en millimètres par an) et températures (bas, en degrés par décennie) annuelles entre 1980 et 2018. Les lignes diagonales indiquent les tendances significatives. Crédits : T. Yao & coll. 2022.

Or, dans le même temps, la croissance démographique et économique des pays du sud, dont l’Inde est un représentant majeur, s’associe à une augmentation de la demande et des besoins en eau. « Un tel déséquilibre devrait poser un grand défi à la balance entre l’offre et la demande sur les ressources en eau dans les régions en aval », rapporte Yao Tandong, auteur principal de l’étude.

Un gain d’eau de fonte inégalement réparti

En somme, le troisième pôle perd une quantité d’eau croissante, laquelle vient en partie grossir les lacs et les rivières. Toutefois, cet ajout bénéficie surtout aux bassins endoréiques du nord, là où la demande est relativement basse. Les régions situées sur le flanc sud du plateau, où la demande est forte, sont au contraire exposées à une baisse de l’offre. Concrètement, si le débit du Yangtze et du fleuve Jaune devrait augmenter, celui de l’Indus, de l’Amou Daria ou encore du Gange devrait évoluer plus défavorablement.

Des mesures d’adaptation et d’anticipation sont nécessaires pour faire face à cette situation qui s’affirmera d’autant plus dans les prochaines décennies avec la poursuite des bouleversements climatiques. Les chercheurs appellent par conséquent à renforcer les observations in situ en augmentant par exemple le nombre de stations météorologiques dans la région, et en perfectionnant les modèles couplant la dynamique du climat, des glaciers et du réseau hydrographique régional.