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Une tribu qui mangeait le cerveau de ses morts est devenue plus résistante aux maladies cérébrales

Crédits : ractapopulous / Pixabay

Une tribu aborigène en Papouasie-Nouvelle-Guinée avait un rituel de deuil bien particulier : elle mangeait le cerveau de ses morts. Cette pratique a provoqué la propagation de la maladie de kuru, mais, pour les survivants, a renforcé leur résistance aux maladies cérébrales.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, la population Fore a subi au milieu du XXe siècle 10 % de pertes humaines ou environ 2 500 membres, à cause d’une maladie cérébrale, le kuru (qui signifie « trembler de peur » en langage Fore). Comment ? En mangeant le cerveau des membres décédés de la tribu. Ce rituel de deuil a engendré la propagation de protéines difformes : les prions. Ceux-ci rendent les protéines normales difformes et créent des trous microscopiques dans le cerveau, qui devient alors spongieux. La première protéine à avoir été observée dans ce cas est le prion pathologique ou PrP, qui peut engendrer le kuru, mais aussi la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

Le kuru provoque de graves troubles neurologiques concernant la coordination des mouvements, la vision, etc., et peut entraîner des crises d’épilepsie ou des secousses musculaires. Le rituel qui consiste à consommer le cerveau des morts est interdit en Papouasie-Nouvelle-Guinée depuis 1950, mais en 2009, les scientifiques de l’Institut de neurologie de Londres ont fait des analyses sur des femmes qui avaient survécu au kuru. Pourquoi des femmes ? Celles-ci mangeaient le système nerveux central alors que les hommes consommaient les muscles des morts.

La protéine PrP avait subi deux mutations, dans ses 127e et 129e acides aminés. Une modification génétique, apparue pour protéger de la maladie, qui se serait transmise de génération en génération. Pour confirmer ces résultats, les chercheurs ont reproduit ces deux mutations sur des souris puis les ont exposées au kuru et à la maladie de Creutzfeldt-Jakob afin d’observer leur réaction. Les souris qui avaient une copie de la mutation du 129e étaient plutôt résistantes aux maladies à prions, tandis que les souris qui avaient une ou deux copies de la mutation du 127e y étaient totalement résistantes.

Conclusion ? L’épidémie du kuru aurait fait évoluer l’immunité de ceux qui y ont survécu. Les scientifiques n’ont pas encore d’explication logique à ce phénomène, mais cette découverte pourrait aider à fournir de meilleurs traitements face à des maladies similaires. Selon John Collinge, principal auteur de l’étude publiée dans Nature, il s’agit d’un « exemple saisissant d’évolution darwinienne chez les humains, où l’épidémie de maladie à prion a provoqué un changement génétique pour protéger contre cette dégénérescence fatale ».

Sources : The TelegraphGuruMeditation, Nature.

– Crédits photo : Dr. D. Carleton Gajdusek