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Traverser le Pacifique à la nage, une prouesse sportive et de nombreuses réponses scientifiques

Près de vingt ans après avoir traversé l’Atlantique à la nage, Ben Lecomte, un nageur franco-américain de 49 ans, s’apprête à traverser le Pacifique à la nage. Au-delà de la prouesse sportive, c’est une multitude de recherches scientifiques qui seront effectuées.

« Je ne suis pas un nageur olympique, je suis un aventurier qui aime nager », voilà la manière dont se décrit Ben Lecomte, 49 ans, avocat né en France et naturalisé américain. En 1998, il avait traversé l’océan Atlantique à la nage, un périple épuisant qui l’avait poussé à déclarer « plus jamais ça » à son terme. Près de 20 ans après, l’aventurier s’apprête pourtant à remettre le couvert sur une distance plus longue d’un tiers !

En effet, à la fin du mois de mai, Ben Lecomte quittera Tokyo (Japon) à la nage pour rejoindre San Francisco (États-Unis). Cette traversée durera environ six mois pour huit heures de nage par jour. Il sera accompagné par le « Discoverer », un voilier de soutien de vingt mètres de long et autosuffisant. « Personne n’a jamais essayé d’aller aussi loin, aussi lentement. Il reste très peu de “premières fois” dans le monde et cette expédition est l’une des rares chances d’en faire partie », déclare James Scott, l’un des six membres de l’équipage dans le dossier de presse du projet intitulé « The Longest Swim ».

Ce lundi 20 mars, une campagne de financement participatif a débuté sur la plateforme Kickstarter destinée à récolter les 52 800 dollars manquants pour les vivres et le matériel de communication.

Au-delà de la performance sportive exceptionnelle, ce périple à travers le Pacifique est une occasion de témoigner sur l’état environnemental des océans et de répondre à quelques questions scientifiques. « Ce périple, c’est aussi l’occasion de communiquer sur l’état réel des océans puisque des caméras à bord permettront de suivre en direct ce que nous pourrons constater de l’état de la mer, montrer qu’il y a plus de plastique et moins de vie marine », explique Ben Lecompte.

Cela fait quatre ans que le nageur prépare cette expédition, ce qui a permis à des chercheurs de douze institutions scientifiques, notamment la NASA, de s’intéresser au projet et organiser des études. C’est notamment le cas du Dr Benjamin Levine, de l’Université du Texas, qui s’intéressera aux limites physiologiques du corps humain en surveillant le cœur du nageur grâce à un moniteur échocardiogramme à distance utilisé par la NASA pour surveiller les astronautes de la Station Spatiale Internationale.

Huit heures par jour à nager, c’est aussi huit heures par jour sans gravité. Ainsi, les chercheurs de l’Institute for exercise and environmental medecine (IEEM) chercheront quant à eux à savoir si l’effort compense la perte de masse osseuse que l’on constate chez les astronautes et s’il souffre aussi de troubles de la vision.

Du côté de Ken Buesseler, radio-chimiste au Woods Hole Oceanographic Institution (Californie), c’est à la radioactivité que l’on va s’intéresser. Le nageur portera ainsi un appareil de mesure des radiations à la cheville afin de mesurer la radioactivité émise par la catastrophe de Fukushima tout au long du trajet.

Autre étude, l’état de l’océan. Des échantillons des microplastiques présents à la surface des océans et de phytoplancton seront prélevés par les membres de l’équipage du bateau. L’Université du Montana se chargera de mesurer tout au long du voyage le pH des eaux marines pour connaître l’état actuel de l’acidification du Pacifique.

Au total, ce sont plus de mille échantillons et données qui seront collectés tous les jours pour être soit stockés à bord, soit envoyés par transmission satellitaire aux différents instituts scientifiques qui accompagnent ce superbe projet.