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Cancer de la prostate : un traitement prometteur chez le chien

Crédits : kkolosov/Pixabay

Les chiens se révèlent de bien meilleurs modèles pour l’étude du cancer de la prostate que les souris, l’animal typiquement utilisé en laboratoire pour ce type de recherches. Dans le cadre d’une étude, des chercheurs ont ainsi pu explorer les voies utilisées par le cancer pour échapper au système immunitaire et identifier un anticorps améliorant considérablement les taux de survie.

Le cancer de la prostate est la tumeur maligne la plus fréquente chez les hommes, avec environ 1,2 million de nouveaux cas et 359 000 décès enregistrés par an dans le monde. La thérapie par suppression androgénique est un traitement de première ligne. Seule ou en association avec une chimiothérapie, elle est en effet initialement efficace dans environ 80 à 90 % des cas avancés. Toutefois, la maladie peut évoluer vers une forme résistante, réduisant ainsi les chances de survie. Aussi, de nouvelles options de traitement permettant un contrôle durable de la maladie sont toujours nécessaires.

Le cancer, une maladie sournoise

Le cancer utilise une gamme d’astuces pour se cacher du système immunitaire. D’après une étude récente, certaines cellules seraient notamment capables d’entrer en état de dormance pour éviter la destruction par chimiothérapie. Cette manœuvre sournoise pourrait expliquer pourquoi certaines personnes répondent mal à ces traitements. Elle pourrait aussi expliquer pourquoi certains cancers semblent « réapparaître » soudainement après plusieurs années.

Une autre astuce consiste à retourner certaines cellules du système immunitaire contre lui. Plus précisément, les cellules T régulatrices (Tregs) jouent un rôle clé dans l’identification de ces cellules immunitaires en les marquant de manière à ce que notre corps ne les attaque pas par erreur, comme cela se produit dans les maladies auto-immunes. Or, il apparaît que les cellules cancéreuses semblent être capables de détourner ce mécanisme en incitant les cellules T régulatrices à les marquer pour les empêcher d’être attaquées. Grâce à ce tour de passe-passe, la maladie peut finalement se développer et se propager.

Des niveaux élevés de Tregs ont été détectés dans plusieurs types de cancers. Aussi, certains chercheurs travaillent sur de possibles traitements à base d’anticorps capables de réduire les niveaux de ces cellules dans la région souhaitée.

cancer prostate
Crédits : marijana1/Pixabay

Un traitement prometteur chez le chien

Dans le cadre de travaux récents, des chercheurs de l’Université de Tokyo ont étudié cette technique chez les chiens, dont la prostate propose une structure similaire à celle des humains. Notez que tous les chiens impliqués dans cette étude avaient développé un cancer d’origine naturelle.

Pour ces travaux, l’équipe a d’abord analysé le degré auquel le cancer de la prostate avait été infiltré par les cellules T régulatrices (Tregs) et la manière dont cela se produisait. En utilisant le séquençage de l’ARN et l’analyse des protéines, elle a ensuite remarqué que ces Tregs semblaient être attirés par la tumeur en plus grande quantité lorsqu’une protéine appelée CCL17 se liait à un récepteur appelé CCR4.

Sur ce constat, les chercheurs ont alors administré un anticorps appelé mogamulizumab capable de bloquer ce récepteur. Résultat : les chiens ayant bénéficié de ce traitement se sont avérés avoir des niveaux inférieurs de Tregs circulants et ont survécu plus longtemps avec peu d’effets secondaires indésirables par rapport à ceux du groupe témoin.

Ces travaux sont évidemment prometteurs, même si la route est encore longue. Toutefois, il y a de bonnes raisons d’espérer. Des analyses faites sur des patients humains atteints d’un cancer de la prostate ont en effet également révélé des niveaux élevés de Tregs infiltrant la tumeur exprimant CCR4. De plus, le mogamulizumab a déjà été approuvé pour une utilisation chez l’Homme par la plupart des autorités sanitaires comme traitement possible pour une gamme d’autres maladies.