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Des traces d’antidépresseurs retrouvées dans le cerveau des poissons

Crédits : iStock

Les antidépresseurs humains s’accumulent dans le cerveau de poissons communs à la région des Grands Lacs selon une étude qui révèle des concentrations élevées de ces médicaments et de leurs restes métabolisés dans les tissus cérébraux d’au moins dix espèces de poissons trouvées dans la rivière Niagara.

La région des Grands Lacs, aux États-Unis, est certes magnifique, mais n’en reste pas moins très polluée. La rivière Niagara, ce canal vital qui relie deux des Grands Lacs, le lac Érié et le lac Ontario, en est une fois de plus la preuve. La découverte d’antidépresseurs dans les tissus cérébraux des poissons soulève ici de sérieuses préoccupations environnementales comme le souligne la chimiste Diana Agaes, principale auteure de cette étude publiée le 16 août dernier dans la revue Environmental Science and Technology :

« Les ingrédients actifs de ces antidépresseurs évacués par les stations d’épuration s’accumulent dans le cerveau des poissons. C’est une véritable menace pour la biodiversité, et nous devrions être très préoccupés ». Les espèces concernées ici sont l’Archigan à petite bouche, à grande bouche, le Gardon, le Crapet de roche, le Bar blanc, la Perche blanche, le Poisson-castor, le Doré jaune, la Truite arc-en-ciel et la Perchaude.

Car si certains jugent les antidépresseurs utiles pour l’Homme, ces médicaments peuvent néanmoins les affecter à bien des égards. « Des recherches ont montré que les antidépresseurs peuvent affecter le comportement alimentaire des poissons ou leurs instincts de survie. Certains poissons ne reconnaîtront pas la présence de prédateurs. Si des changements comme ceux-ci se produisent dans la nature, ils peuvent potentiellement perturber l’équilibre délicat entre les espèces qui contribue à maintenir l’écosystème stable », explique la chercheuse qui a passé sa carrière à développer des techniques pour détecter les contaminants tels que les produits pharmaceutiques, les antibiotiques et les perturbateurs endocriniens dans l’environnement.

Les niveaux d’antidépresseurs décelés ici ne constituent pas un réel danger pour les humains qui mangent le poisson, surtout aux États-Unis, où la plupart des gens ne mangent pas le cerveau. Cependant, ces ingrédients actifs représentent un réel danger pour la biodiversité, ces produits étant de plus en plus prescrits (pour ne rien arranger). Le pourcentage d’Américains prenant des antidépresseurs a par exemple augmenté de 65 % entre 1999-2002 et entre 2011-2014, selon le National Center for Health Statistics. Les installations de traitement des eaux usées n’ont pas réussi à suivre cette croissance, ignorant généralement ces médicaments qui sont ensuite rejetés dans l’environnement.

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