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Les baudroies : tout savoir sur ces « monstres des profondeurs »

Les profondeurs océaniques abritent certaines des créatures les plus extrêmes et les plus étranges du monde, évoluant dans un environnement froid et sombre où la nourriture se fait rare. Parmi elles, les baudroies sont quelques-unes des plus connues. Que sait-on réellement de ces poissons ?

Trouvées principalement dans les profondeurs obscures des océans Atlantique et Antarctique, les baudroies sont facilement reconnaissables. Leur tête énorme, leur bouche menaçante munie dents translucides et pointues, et le leurre bioluminescent profilé au-dessus de leur crâne (arboré uniquement par les femelles) ne trompent en effet personne, si ce n’est quelques proies passant çà et là.

Les premières baudroies de haute mer ont été documentées au début du 19e siècle. À l’époque, l’un de ces poissons s’était échoué au Groenland. Le zoologiste Johannes Cristopher Reinhardt disséqua l’animal au physique très particulier dans son laboratoire de Copenhague. L’espèce fut nommée Himantolophus groenlandicus.

Au fil du temps, certains marins tombèrent également sur d’autres spécimens piégés dans leurs filets. Très vite, on comprit que les profondeurs océaniques abritaient non pas une, mais des dizaines d’espèces différentes. Aujourd’hui, les scientifiques en connaissent plus de 170 réparties en dix-huit familles, toutes intégrant le sous-ordre Ceratioidei, le moins connu des cinq lignées primaires de l’ordre des Lophiiformes (ou poissons-pêcheurs).

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Construites pour les grandes profondeurs

Naturellement, toutes ces espèces ne se ressemblent pas. Certaines se sont adaptées aux conditions spécifiques rencontrées à 300 mètres de profondeur, quand d’autres évoluent à près de 5 000 mètres sous la surface de l’eau.

Certaines baudroies sont également trapues et de forme ovoïde, quand d’autres sont plates avec un museau protubérant. Certaines sont petites, pas plus grosses qu’un poing humain, quand d’autres mesurent plus d’un mètre de long. Les leurres lumineux sont aussi plus ou moins longs. L’une d’elles, retrouvée au large de la côte ouest-africaine, a même développé cet appât à l’intérieur même de sa gueule.

Les baudroies se moquent éperdument de leur apparence peu flatteuse. Elles ne demandent qu’à survivre. Si les poissons des eaux peu profondes affichent des corps profilés et hydrodynamiques conçus pour la vitesse, les baudroies sont construites différemment. Ces dernières ont en effet troqué la vitesse pour un métabolisme peu énergétique, effectuant des mouvements minimes avant de tendre leur embuscade.

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Un assortiment de différentes espèces de baudroie. Crédits: Société américaine des ichtyologistes et herpétologues.

Quand les baudroies partent à la pêche

Comme dit plus haut, les baudroies arborent également une première épine dorsale souvent montée sur le museau qui clignote de différentes couleurs selon les espèces dans l’obscurité des fonds marins. La source de la lumière émise par l’appendice bulbeux est une bactérie bioluminescente. L’appât du poisson offre un abri aux micro-organismes et ces derniers fournissent la lumière dans la cadre d’une parfaite relation symbiotique.

Tout comme un pêcheur reste patiemment assis près de sa canne pendant des heures en attendant que sa proie s’accroche, les baudroies agitent leur « canne » à la recherche de proies. Une fois à portée de frappe, les prédateurs ouvrent grand la gueule et les enferment. Les proies sont alors partiellement découpées par de grandes dents, tandis que de plus petits crocs, qui tapissent le plancher de la bouche et de la gorge, terminent le travail, favorisant ainsi le processus de digestion.

D’après les dissections d’estomacs de baudroies, ces dernières consommeraient des créatures des grands fonds ressemblant à des crevettes, des calmars, des vers et même des poissons-lanternes.

Certaines baudroies femelles disposent également de longs filaments qui s’étendent à l’extérieur de leur corps. Selon les biologistes, ces filaments agiraient probablement comme des capteurs à la manière des moustaches d’un chat ou des antennes d’un insecte.

La misérable vie des mâles

Les baudroies se caractérisent également par un fort dimorphisme sexuel. Comparé à une femelle, un mâle peut en effet être jusqu’à soixante fois plus petit et environ un demi-million de fois plus léger.

Dès la naissance, la seule mission de ces mâles est de trouver une femelle avec laquelle s’accoupler au moyen de leur organe olfactif qu’ils utilisent probablement pour suivre les pistes de phéromones libérées par ces dames. Une fois la cible verrouillée, le mâle s’accroche à son corps. Dès lors, il dépend d’elle pour sa survie, recevant des nutriments par le flux sanguin de la femelle. Le reste est encore plus étrange.

Au bout d’un moment, le tissu cutané du mâle fusionne en effet avec celui de la femelle. Le mâle perd alors ses yeux et tous ses organes internes, sauf les testicules. Cette fusion charnelle ne réduit finalement ce dernier qu’à un sac de sperme que la femelle utilise pour féconder ses ovules.