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Combien de temps la tour de Pise pourra-t-elle encore tenir ?

Crédits : jewels/Pixabay

Des millions de touristes affluent chaque année vers la tour penchée de Pise, attirés par son inclinaison défiant la gravité qui semble résister au temps. Mais pourquoi penche-t-elle, précisément ? Et combien de temps encore ce bâtiment emblématique pourra-t-il encore tenir ?

La tour de Pise est le campanile de la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Pise. Située à proximité du chevet de la cathédrale, elle intègre les monuments de la piazza dei Miracoli (la « place des Miracles »), inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sa construction commença en 1173, marquant le début de deux siècles de construction intermittente interrompue par les guerres.

Dès les premiers étages, les bâtisseurs de la tour constatèrent une inclinaison vers le sud. Très vite, on incrimina le sol malléable, ramolli par la nappe phréatique élevée de la région (Toscane). Après l’ajout du troisième étage vers 1178, la construction de la tour fut interrompue pendant 90 ans.

Les bâtisseurs firent ensuite preuve de créativité, construisant en diagonale pour tenter de corriger l’inclinaison. Si vous prêtez attention, vous remarquez ainsi une légère « forme de banane ». Résultat : à son achèvement vers 1370, la tour était inclinée à 1,6 degré. Elle s’élevait alors sur huit étages, atteignant environ soixante de haut. Son squelette, maçonné avec des fragments de roche et de mortier, fut également recouvert de marbre, de colonnes et de voûtes.

Gagner du temps

Alors que l’inclinaison de la tour augmentait progressivement jusqu’à 5,6 degrés au fil du temps, le gouvernement italien décida de prendre des mesures pour protéger le monument dès 1990. Plus de 600 tonnes de plomb furent ainsi coulées à la base du côté nord de la tour en 1993, dans l’espoir de compenser le naufrage du côté sud. Ce fut un échec. Plus de 300 tonnes de plomb supplémentaires, ainsi que des ancrages au sol, n’arrangèrent rien non plus.

Les experts tentèrent ensuite une sous-excavation (l’utilisation de longs tubes et de perceuses pour enlever de manière non invasive le sol sous le côté nord de la fondation de la tour). Ces efforts permirent de réduire l’inclinaison de la tour d’environ 10 %, la laissant avec une inclinaison de cinq degrés. Dès lors, ils estimèrent lui avoir fait gagner au moins deux cents ans. Néanmoins, ce n’était que temporaire.

Il est aujourd’hui impossible d’estimer combien de temps encore la tour pourrait durer. Au cours des trois cents prochaines années, elle pourrait revenir à son inclinaison de 5,6 degrés enregistrée au début des années 1990.

tour de Pise
Crédits : joe_stef/Pixabay

Une tour solide malgré tout

En attendant, et malgré cette inclinaison, la structure ne présente aucun danger pour les touristes. En effet, les longues interruptions de la construction de la tour ont donné à la structure le temps de s’installer dans le sol malléable, fortifiant ainsi sa structure jusqu’au prochain épisode de construction. En outre, la base de la tour étant plus épaisse que sa moitié supérieure recouverte de colonnes, son centre de masse est plus bas, ce qui la rend plus stable.

La tour de Pise a également survécu à plusieurs tremblements de terre violents sans dommage au cours des 650 dernières années. Selon des travaux publiés en 2019, le sol meuble sous la fondation de la tour permettrait en effet d’étirer les vibrations naturelles (le temps qu’il faut aux structures pour vibrer d’avant en arrière pendant l’activité sismique), les rendant ainsi moins destructrices.

Bien qu’aucune autre intervention physique ne soit prévue à court terme, notez que la tour est surveillée en permanence avec des instruments.