Des travaux sans précédent montrent comment la toundra boréale se replie dans un monde de plus en plus chaud, et ce, jusqu’à disparition quasi complète à l’horizon des prochains siècles si rien n’est fait pour maintenir le réchauffement global sous les 2 °C. Les résultats ont été publiés dans la revue scientifique eLife ce 24 mai.

Bourdon arctique, renne, lemmings… Autant d’espèces rares mises en péril par le recul de la toundra boréale dans un contexte d’élévation globale des températures. En effet, avec des étés de plus en plus cléments et des hivers de moins en moins rigoureux, la limite des arbres progresse vers le nord et supplante les étendues de pavots arctiques, de Benoîtes des montagnes et d’arbustes tels que la Fabiana prostrée, le Saule polaire ou le Bouleau nain.

Vers une disparition quasi complète de la toundra

Grâce à une simulation sans précédent couvrant la toundra sibérienne, un groupe de chercheurs a montré que sans une politique climatique extrêmement ambitieuse, l’écosystème était voué à disparaître au cours du millénaire. Si dans un scénario du laisser-faire la disparition devrait survenir avant 2500, un réchauffement limité à 2 °C en 2100 permettrait de préserver quelque 30 % des étendues de toundra sibériennes.

« La question centrale qui nous préoccupait était de savoir quelle voie d’émissions l’humanité doit suivre afin de préserver la toundra comme refuge pour la flore et la faune, de même que son rôle dans les cultures des peuples autochtones et leurs liens traditionnels avec l’environnement », précise Ulrike Herzschuh, coauteur de l’étude publiée dans la revue eLife le 24 mai dernier.

toundra

Localisation de la toundra (ocre) en l’an 3000, selon différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre. Le scénario le plus sobre (RCP 2.6) montre une surface conservée à 30 % environ tandis que le scénario le plus pessimiste (RCP 8.5) montre une disparition quasi complète. Le scénario intermédiaire (RCP 4.5) montre une possibilité de récupération partielle (orange) en cas de refroidissement ultérieur du climat. Crédits : Stefan Kruse & Ulrike Herzschuh, 2022.

« Le modèle représente l’ensemble du cycle de vie des mélèzes de Sibérie dans la zone de transition vers la toundra, depuis la production et la distribution des graines, la germination et jusqu’aux arbres adultes », ajoute Stefan Kruse, auteur principal du papier. « De cette façon, nous pouvons représenter de manière très réaliste la progression de la limite des arbres dans un climat qui se réchauffe ».

Des espaces protégés et des mesures fortes pour limiter les pertes

Pour l’essentiel des scénarios étudiés, c’est-à-dire dépassant les 2 °C, les résultats montrent un déplacement de la limite des arbres allant jusqu’à trente kilomètres par décennie avec une réduction de la toundra jusqu’à 5 % ou 6 % de sa surface actuelle. Par ailleurs, même si le climat se refroidissait à nouveau par la suite, la toundra ne réapparaîtrait pas simplement comme si le film était rejoué à l’envers. Il s’agit là d’un phénomène d’hystérésis qui n’est pas sans rappeler celui associé aux plateformes de glace.

« De plus grandes zones ne peuvent être sauvées qu’avec des objectifs de protection du climat très ambitieux », rapporte Eva Klebelsberg du WWF. « C’est pourquoi il est important d’intensifier et d’étendre les mesures de protection et les zones protégées dans ces régions, afin de préserver des refuges pour une biodiversité sans pareil. Après tout, une chose est claire : si nous continuons comme si de rien n’était, cet écosystème va progressivement disparaître ».