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Test du Marshmallow : les seiches sont capables de résister à la tentation

Crédits : Pauline Billard

Les seiches rejoignent les chimpanzés, les corbeaux et autres perroquets pour leur capacité à surmonter l’épreuve du Marshmallow. Autrement dit, ces céphalopodes sont capables de résister à une friandise dans le but d’obtenir une récompense meilleure encore.

Le test du Marshmallow est assez simple : un enfant est placé dans une pièce devant une guimauve. On lui dit que s’il parvient à se retenir de la manger pendant quinze minutes, il obtiendra une deuxième guimauve et sera autorisé à manger les deux. Conduit en 1972 à l’université Stanford, le test cherchait évaluer la capacité des enfants à résister à la tentation pour différer une récompense.

Depuis, ce test a été ajusté pour les animaux. Certains primates et corvidés mais aussi les chiens ont déjà réussi ce test du Marshmallow. À cette liste, vous pouvez désormais ajouter les seiches.

Il y a quelques mois, une étude passionnante nous révélait que les seiches peuvent se priver de nourriture le midi si elles savent qu’il y aura un bon repas le soir. Plus précisément, les seiches qui avaient appris qu’il y aurait forcément de la crevette au dîner (un met très apprécié) ont volontairement cessé de manger la journée. Et, au contraire, celles qui ont appris qu’il n’était pas certain qu’il y aurait de la crevette au dîner ont continué à manger du crabe au cas où pendant la journée

D’un point de vue biologique, si ce type de prise de décision nous paraît anodin, il témoigne en réalité de capacités cognitives très complexes. “Ce résultat est très intéressant, car la seiche montre qu’elle est capable de prendre une décision dans le présent (manger ou non le crabe) sur la base d’informations passées (je sais que j’aurais de la crevette ou pas ce soir), ce qui aura des conséquences dans le futur proche (si je ne mange pas maintenant, je pourrai manger de la crevette ce soir“, nous avait alors expliqué Pauline Billard, principale auteure de ces travaux.

Cette étude nous avait finalement démontré que les seiches peuvent s’adapter rapidement aux changements de leur environnement en utilisant une expérience passée.

En revanche, comme le souligne Alexandra Schnell, de l’Université de Cambridge, qui avait participé à cette étude, ces travaux n’avaient pas réellement permis de déterminer si ce changement de comportement en réponse à la disponibilité des proies était également régi par une capacité d’exercer une maîtrise de soi.

Dans le cadre d’une étude plus récente publiée dans les Proceedings of the Royal Society B, les chercheurs ont donc adapté leur expérience.

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Une seiche commune européenne (Sepia officinalis). Crédits : Hans Hillewaert/Wikipédia

Une nouvelle étude pour le déterminer

Pour cette étude, six seiches ont été placées dans un réservoir spécial. Celui-ci présentait deux chambres fermées avec des portes transparentes, de manière à ce que les animaux puissent voir à l’intérieur. Dans ces chambres se trouvaient des collations. Dans la première, il y avait un morceau de crevette royale crue, moins apprécié. Et dans l’autre se trouvaient des crevettes graminées vivantes beaucoup plus attrayantes.

Les portes portaient également des symboles que les céphalopodes avaient appris à reconnaître. Un cercle signifiait que la porte s’ouvrirait tout de suite. Un triangle signifiait que la porte s’ouvrirait après un intervalle de temps compris entre 10 et 130 secondes. Enfin, un carré, utilisé uniquement dans les conditions de contrôle, signifiait que la porte restait fermée indéfiniment.

Au cours de ces expériences, une crevette royale était placée derrière la porte ouverte immédiatement, tandis que la crevette vivante n’était accessible qu’après un certain temps. Si la seiche optait pour la crevette royale, la crevette vivante était immédiatement retirée. Pendant ce temps, dans le groupe témoin, les crevettes vivantes sont restées inaccessibles derrière la porte à symbole carré qui ne s’ouvrait pas.

Les chercheurs ont découvert que toutes les seiches dans la condition de test ont décidé d’attendre leur nourriture préférée (les crevettes vivantes), mais n’ont pas pris la peine de le faire dans le groupe témoin où elles ne pouvaient pas y accéder.

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Crédits : Misterflo/pixabay

Une seconde partie de l’étude consistait à tester la capacité d’apprentissage des six seiches. Les chercheurs leur ont montré deux indices visuels différents, un carré gris et un blanc. Lorsqu’elles s’approchaient de l’un, l’autre était retiré du réservoir. Si elles faisaient le “bon” choix, elles étaient récompensées par une collation.

Une fois qu’elles ont appris à associer un carré à une récompense, les chercheurs ont alterné les signaux, de sorte que l’autre carré était devenu le signal de récompense. Fait intéressant : les seiches qui ont appris à s’adapter à ce changement le plus rapidement étaient aussi les seiches qui ont pu attendre plus longtemps pour la récompense de crevettes.

Optimiser la recherche de nourriture

Ainsi, les seiches seraient vraiment capables d’exercer une maîtrise de soi. La question est donc de savoir pourquoi cette capacité a évolué en premier lieu. D’après les auteurs, le fait de retarder la gratification pourrait être lié à la façon dont ces animaux se nourrissent.

Les seiches passent la plupart de leur temps à se camoufler et à attendre ponctué de brèves périodes de recherche de nourriture“, explique Alexandra Schnell. “Elles cessent alors de se cacher lorsqu’elles se nourrissent, s’exposant alors aux prédateurs. Nous pensons que la gratification différée peut avoir évolué en tant que sous-produit de cela, de sorte que la seiche peut optimiser la recherche de nourriture en attendant de choisir une proie de meilleure qualité“.