Les ténias sévissaient déjà au temps des dinosaures

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Crédits : Artur Plawgo/istock

Les scientifiques ont longtemps émis l’hypothèse que les ténias, des parasites intestinaux désagréables, existent depuis des temps immémoriaux, mais il manquait jusqu’à présent de preuves fossiles directes pour confirmer cette théorie. C’est désormais le cas. Une équipe internationale de chercheurs annonce en effet avoir identifié l’une de ces créatures coincée dans l’ambre depuis environ 100 millions d’années, apportant ainsi de nouvelles perspectives sur l’évolution de ces parasites et leur coexistence ancienne avec d’autres organismes.

Une découverte exceptionnelle sur les ténias

Omniprésents dans les écosystèmes actuels, les parasites sont rarement conservés dans les archives géologiques, en particulier les vers tels que les ténias. Ces parasites, qui appartiennent au groupe spécialisé des plathelminthes (ou vers plats) ont un cycle de vie complexe qui implique au moins deux hôtes et infectent une variété de vertébrés. Ils se nourrissent des nutriments présents dans les intestins de leurs victimes, en s’accrochant à l’aide de têtes agrippantes munies de crochets, de ventouses ou de tentacules. Ils peuvent en outre infecter une variété d’hôtes, y compris les humains et le bétail, et se propagent généralement par le biais d’œufs ou de larves consommés dans les aliments, le sol ou l’eau contaminés.

Leurs fossiles sont néanmoins exceptionnellement rares en raison de leurs tissus mous et de leurs habitats cachés. Jusqu’à présent, le seul exemple largement accepté de fossile de ténia remontait au Permien, sous la forme d’œufs découverts dans un coprolithe de requin. Cette rareté des fossiles corporels limitait ainsi considérablement notre compréhension de leur évolution précoce, ce qui confère une importance significative à cette découverte.

Un fragment identifié dans l’ambre

Ce fossile préhistorique, identifié dans l’ambre Kachin du Crétacé moyen de la vallée de Hukawng, au nord du Myanmar, offre un rare aperçu de l’histoire évolutive des ténias. L’ambre, qui s’est formé sur un littoral préhistorique, aurait plus précisément préservé un fragment de ce qui semble être un tentacule de ténia. Les caractéristiques de ce fragment correspondent à celles des spécimens modernes connus pour infecter des poissons élasmobranches tels que les raies et les requins.

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Le ténia fossile (A) comparé à un ténia moderne (B). L’image C montre une image au microscope électronique à balayage d’un tentacule de ténia vivant. Crédits : Institut de géologie et de paléontologie de Nanjing.

Les chercheurs estiment que ce spécimen fossilisé avait infecté un hôte élasmobranche échoué sur une plage à cause d’une marée descendante ou d’une tempête. Suite à cela, l’animal aurait été mordu par un prédateur ou un charognard terrestre, entraînant la libération du tentacule du ténia, qui est resté pris dans la résine d’une plante voisine.

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Vue d’artiste de la façon dont le ténia à l’intérieur d’un poisson élasmobranche échoué, comme une raie ou un requin, a pu être extrait par un prédateur ou un charognard (au centre), avant de se retrouver piégé dans un morceau de résine (à gauche). Crédits : Yang Dinghua

Cette découverte remet en question les connaissances précédentes sur l’histoire évolutive des ténias. Alors que les scientifiques estimaient que ces parasites existaient depuis environ 100 millions d’années, l’absence de preuves fossiles directes rendait cette théorie difficile à confirmer. Cependant, ce fossile fournit une confirmation tangible de leur ancienneté en tant que parasites intestinaux.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Geology.