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Temple Grandin, une experte autiste en zootechnie œuvrant pour le bien-être animal

Crédits : Steve Jurvetson / Flickr

Spécialiste en zootechnie et en sciences animales, Temple Grandin a créé une entreprise d’ingénierie et de conseils portant sur les conditions d’élevage des animaux de rente. Plaçant le bien-être animal au centre de ses innovations, elle est au fil du temps devenue experte dans la conception d’équipements à destination du bétail. Autiste, Temple Grandin a pu, grâce à une intervention précoce poursuivre ses études et devenir une spécialiste mondialement reconnue. Elle a également été très active pour la compréhension de ce trouble par le public.

Un autisme pris en charge de façon précoce

Née en 1947 d’un père ancien militaire et d’une mère écrivaine et actrice, Temple Grandin est l’aînée de sa fratrie. Dès les premiers mois suivant sa naissance, sa mère se rend compte qu’elle est différente des autres enfants. Anormalement sage, fixant longuement des objets, refusant toute affection et évitant les regards directs, la petite Temple semble également sourde et hypersensible aux bruits. Elle a également des réactions violentes en présence de certains bruits et a développé une grande sensibilité au toucher et aux odeurs. Elle déteste par exemple les vêtements qui irritent la peau ou encore les parfums qui sentent trop fort. Par ailleurs, elle montre une certaine créativité (cartes à jouer ou avions en papier), bien que très souvent obsessionnelle.

Non verbale jusqu’à l’âge de trois ans et demi, Temple Grandin fut diagnostiquée “schizophrène infantile” en 1951. Citons également la présence de lésions cérébrales révélées par une électroencéphalographie. Qualifiée d’étrange petite fille, Temple Grandin a reçu un diagnostic fréquent à une époque où l’autisme restait largement méconnu. Le comportement de la petite fille générait des disputes entre ses parents qui faisaient face à un sérieux désaccord. Alors que son père préconisait le placement dans un établissement pour malades mentaux, sa mère prônait une éducation individuelle spécialisée.

La petite Temple se rendait trois fois par semaine chez un orthophoniste afin d’apprendre à bien articuler, a suivi une thérapie du langage et a pu ensuite bénéficier de la compagnie d’une gouvernante. Celle-ci lui apprit les règles sociales (ex : politesse) en appliquant des méthodes proches des thérapies cognitivocomportementales actuelles. Cette intervention précoce a ainsi permis à Temple Grandin de mener une vie quasi normale.

Future experte en zootechnie

Après être passée par une école privée aux règles strictes puis par l’école primaire traditionnelle, Temple Grandin devient adolescente. Elle se passionne rapidement pour la littérature et les séries de science-fiction. Elle affectionne également les maquettes d’avion. Au lycée, elle subit de nombreuses moqueries pour sa minceur, sa manie de répéter souvent les mêmes choses et son désintérêt des relations sociales ou encore de la mode. À l’âge de treize ans, elle occupe plusieurs emplois, dont celui de couturière. Néanmoins, elle est envoyée dans un internat peu de temps après avoir montré de la violence envers une camarade de classe qui la harcelait. Elle y pratique l’équitation et découvre que les animaux calment ses symptômes et ne la jugent pas.

Alors que son autisme est bien plus clairement identifié à l’âge de quinze ans, Temple Grandin passe par l’Université Franklin Pierce où elle obtiendra un baccalauréat en psychologie, terminant seconde sur un total de 400 étudiants. Elle intègre ensuite l’Université d’État de l’Arizona à Tempe pour y étudier la psychologie des animaux. Temple Grandin choisit le comportement des bovins d’élevage comme sujet de maîtrise et décroche son diplôme en 1975. Elle obtient son doctorat en zootechnie quatorze ans plus tard à l’université de l’Illinois à Urbana-Champaign.

Rappelons au passage que la zootechnie est l’étude scientifique de l’élevage des animaux, de leur reproduction et de leur adaptation à des besoins déterminés. Cette discipline souvent indissociable de l’agronomie sert à appliquer des sciences pour l’amélioration des productions animales et des produits animaux.

Le bien-être animal au cœur des innovations

Temple Grandin n’a pas attendu son doctorat pour créer sa propre entreprise. En 1980, elle fonde une société de conseils et d’ingénierie en équipement pour le bétail. Prenant rapidement conscience que les bovins d’élevage ressentent la peur et l’anxiété, elle expérimente des techniques inédites. Temple Grandin parvient souvent à trouver ce qui effraie ces animaux et ce qui les paralyse dans leurs mouvements. Passant pour quelqu’un d’étrange au niveau de son attitude et son apparence, elle gagne tout de même en réputation.

Son cheval de bataille ? Améliorer le système de gestion du bétail et d’abattage aux États-Unis, un domaine délaissé de toute recherche ou autre remise en question. Parmi ses innovations, nous retrouvons des appareils de contention, des pistes en arrondi pour le respect des distances entre les animaux ou encore l’aménagement de couloirs leur évitant de voir les ouvriers travailler autour d’eux. Citons également la présence de matériaux antidérapants pour prévenir les chutes.

Temple Grandin
Crédits : Counse / Flickr

Temple Grandin travaille en parallèle comme journaliste pour le magazine Arizona Ranchmen durant sept ans avant de devenir professeure de zootechnie à l’université d’État du Colorado en 1990. Elle accompagne le mouvement idéologique nouveau en faveur du bien-être animal et participe à de nombreuses conférences et présentations. Certaines grandes sociétés de l’agroalimentaire comme McDonald’s et Burger King lui commandent des audits afin de progresser dans ce domaine.

En 1996, Temple Grandin supervise une inspection fédérale auprès de 24 abattoirs dans une dizaine d’états. Selon les conclusions, 30 % de ces établissements ne respectent pas le bien-être animal pendant l’abattage, ce qui représente une réelle évolution. Aujourd’hui, elle réalise des audits pour des sociétés dans de nombreux pays, toujours avec le même but : améliorer les conditions des animaux d’élevage. En 2012, la spécialiste estime qu’en Amérique du Nord, la moitié du bétail finissant sa course dans un abattoir utilise un appareil de contention à piste centrale de sa conception.

Mieux comprendre l’autisme

Temple Grandin est également célèbre pour ses nombreuses parutions sur l’autisme dans la presse scientifique. Citons aussi une de ses créations : la machine à câlin. Thérapeutique, cet appareil à pression avait pour but de calmer les personnes hypersensibles, souvent autistes, et dont les effets positifs ont été prouvés par une étude en 1999. Elle l’a d’ailleurs utilisée jusqu’en 2008 avant de finalement parvenir à prendre les gens dans ses bras.

En 1988, Temple Grandin intervient à l’occasion de la sortie du célèbre film Rain Man avec Dustin Hoffman. Ce film, l’un des premiers à traiter de l’autisme, a entraîné une certaine admiration du public pour l’autisme savant. Temple Grandin expliquera que les personnes autistes peuvent aussi connaître le succès professionnel, et ce, grâce aux particularités de leur autisme. Elle évoquera notamment la pensée visuelle, un mode de pensée reposant essentiellement sur les processus de traitement de l’information visuelle par le cerveau. Cette intervention a contribué à briser des décennies de honte et de stigmatisation envers les personnes autistes, tout comme son autobiographie Emergence : Labeled autistic, parue aux États-Unis en 1986 et en France en 1994 avec un titre différent : Ma vie d’autiste.

ma vie d'autiste Temple Grandin
Crédits : Babelio