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Selon cette étude, les téléphones portables n’engendrent pas de tumeurs chez les 10-24 ans

Crédits ; Fabio Principe / Stock

Une étude internationale récente a livré une conclusion assez surprenante. Selon ces travaux, les téléphones portables ne causent pas de tumeurs du cerveau chez les enfants et jeunes de dix à vingt-quatre ans. Toutefois, la méthodologie de l’étude et certains biais attisent les critiques.

Une étude à contre-courant

L’étude Mobi-kids a reçu un financement à hauteur de six millions d’euros par quatorze pays (40%) et l’Union Européenne (60%). Ses résultats étaient attendus pour 2016, mais ils ont finalement été publiés dans la revue Environment International en février 2022. Selon les chercheurs, il s’agit de la plus grande étude de ce type traitant de la relation entre l’exposition aux champs électromagnétiques des téléphones sans fil et les tumeurs cérébrales chez les jeunes.

Depuis environ une décennie, différents organismes estiment en effet que les radiofréquences sont peut‐être cancérogènes pour l’homme. Parmi ces organismes, nous retrouvons le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’OMS. Citons également une étude de l’INSERM en France qui avait conclu en 2014 à un risque plus important de tumeurs cérébrales chez les grands utilisateurs de téléphones portables.

L’étude Mobi-kids a quant à elle pour objectif de devenir une référence épidémiologique pour les jeunes. Or, celle-ci a conclu à une absence de lien entre la durée d’utilisation des portables et les tumeurs au cerveau chez les utilisateurs âgés de dix à vingt-quatre ans. Ces résultats sont issus d’une comparaison entre l’exposition de 670 jeunes avec des tumeurs cérébrales et 1 900 cas témoins.

Des premiers résultats exclus

Les chercheurs ont indiqué que l’exposition aux ondes a été évaluée dès la première utilisation d’un téléphone mobile. De plus, ces mêmes évaluations sont basées sur les déclarations des jeunes eux-mêmes ainsi que de leurs parents. Néanmoins, l’interprétation des résultats ne fait pas l’unanimité. Curieusement, les premières données qu’ont obtenu les scientifiques montraient en effet une diminution des risques de tumeur au cerveau en cas d’augmentation de l’utilisation des portables. Les chercheurs ont alors exclu les résultats portant sur les cinq premières années de l’étude et ont cherché un biais dans leur méthodologie.

Il faut dire qu’un effet préventif des téléphones par rapport aux tumeurs est très peu probable. Les résultats biaisés proviennent donc peut-être d’incertitudes au niveau des données. Cela peut s’expliquer par les réponses au questionnaire données par les parents ou encore par une modification de l’utilisation des appareils après l’apparition des premiers symptômes. Le rejet des données initiales est donc certainement le fait d’une impossibilité de les interpréter, mais également d’une volonté de trouver des résultats réalistes.

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Crédits ; Chalabala / Stock

Une étude à prendre avec des pincettes

Malgré ces résultats, certains affirment encore qu’il est impossible d’exclure une possible faible augmentation du risque d’apparition de tumeurs. D’autres personnes estiment que l’étude a suivi une démarche cohérente et obtenu des résultats rassurants. Dans un article du 1er mars 2022, le magazine Reporterre a cependant souligné un autre point discutable concernant ces travaux. Il évoque notamment la présence d’un ingénieur de la société Orange (Orange Labs) au sein même du dispositif scientifique. Ce possible conflit d’intérêt était difficilement décelable lors de la première publication de l’étude, mais dans l’article le plus récent, l’ingénieur (qui travaille aujourd’hui pour l’Institut Mines-Telecom) figure bien parmi les auteurs. En conclusion, si la participation d’ingénieurs télécoms dans ce type d’étude n’a rien de nouveau ni d’alarmant, les travaux dont il est ici question sont tout de même à prendre avec des pincettes.

Une autre étude très attendue d’ici 2023 pourrait cependant étoffer les connaissances sur le sujet, à savoir celle de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).