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Taxer la malbouffe pour encourager une alimentation plus saine ?

Crédits : Pxhere

Après l’avoir examiné et autorisé à l’unanimité, la délégation à la prospective du Sénat a présenté le 28 mai son rapport intitulé “Vers une alimentation durable : un enjeu sanitaire, social, territorial et environnemental majeur pour la France ?”. A la clé, 20 propositions comme taxer certains aliments en raison de leur mauvaise qualité nutritionnelle et utiliser le produit de ces taxes pour financer des actions d’éducation nutritionnelle et distribuer des “chèques Alimentation saine.”

Obliger les industriels à reformuler leurs recettes, soutenir les innovations sociales, moins manger et moins gaspiller…

Les rapporteurs – la sénatrice LREM de Gironde Françoise Cartron et le sénateur PS du Finistère Jean-Luc Fichet – prônent une alimentation “plus sobre et plus végétale”. Ils suggèrent ainsi d’”assainir l’offre alimentaire en incitant ou en obligeant à la reformulation des recettes des plats industriels (limitation de sel, de sucre ou de graisses saturées)”.

Conscients que ces mesures pourraient être défendues par les députés, les sénateurs de la délégation ajoutent que “les pouvoirs publics devront aussi lever les barrières économiques, grâce à des incitations ou des aides financières pour accéder à des aliments plus sains ou en soutenant les innovations sociales portées par les acteurs associatifs ou locaux, notamment celles qui permettent de rapprocher consommateurs et producteurs sur un même territoire.

Plus inhabituel, la délégation incite à “s’interroger sur la capacité de résilience de ces systèmes alimentaires face à un réchauffement climatique fort et rapide, désormais en grande partie irréversible (…)”

D’après les rapporteurs, une transformation profonde du système alimentaire français doit avoir lieu. Les élus rappellent qu’il faudra nourrir une population qui devrait atteindre 9 à 10 milliards d’êtres humains en 2050 et que “les systèmes alimentaires qui se sont développés dans les pays occidentaux au XXe siècle (…) ne sont pas durables en termes de consommation de ressources naturelles, d’impacts sur le climat et sur la biodiversité ou encore de santé.

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Markus Spiske – Pexels

 

Le surpoids et l’obésité, 5ème cause de mortalité selon l’OMS

Dans ce rapport, les élus font également allusion aux problèmes de santé qui résultent de la surconsommation alimentaire, en terme de produits trop salés, trop sucrés ou trop gras. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 39% des adultes dans le monde sont en surpoids et 13% sont obèses.

Ce qui inquiète, ce sont les nombreuses complications imputables au surpoids ou à l’obésité : le diabète de type 2 (44% des cas), les maladies cardiaques (23% des cas) et les cancers (entre 7% et 41% des cas selon les localisations), entraînant le décès prématuré d’environ 2,8 millions personnes chaque année

Ces chiffres font partie des raisons pour lesquelles les sénateurs de la délégation à la prospective souhaitent la mise en place de mesures efficaces pour aider les citoyens à manger plus sainement et soutenir une agriculture durable, plus résiliente.

Un jour peut-être, une majorité de Français pourra avoir accès à des chèques Alimentation durable dans les magasins bio, sur les marchés, sur la commande de paniers bio auprès d’AMAP, ou de paniers de repas à cuisiner ou encore directement chez le producteur.

 20 propositions pour une alimentation plus saine et durable

Parmi les 20 recommandations présentées dans le rapport sénatorial, plusieurs sonnent comme une réponse aux problèmes vécus pendant le confinement, notamment aux difficultés d’approvisionnement ou d’écoulement des stocks selon les territoires. En voici six d’entre elles :

  • 3) “Soutenir et encourager les projets alimentaires et agricoles de territoire afin d’accroître la part des approvisionnements locaux dans la consommation régulière, en générant ainsi un développement territorial positif, une qualité optimale des produits et un renforcement de la confiance de tous les acteurs (exemple des AMAP).”

 

  • 4) “Impulser une politique foncière permettant l’installation de producteurs locaux. Un enjeu écologique et économique : encourager le développement de la filière des légumineuses, clé de voûte de la transformation des systèmes alimentaires, pour accélérer la transition agroécologique.”
Exemple d’application de la permaculture.
Crédits : Alôsnys / Wikimedia
  • 6) “Réorienter les aides de la PAC pour rémunérer les services agro-systémiques rendus par les légumineuses.” rendus par les légumineuses (maintien de la biodiversité, diversification des cultures…)
  • 9) “Renforcer l’adaptation et la résilience de l’agriculture face aux effets du réchauffement climatique grâce à la diversification agro-écologique.” Cette proposition est très importante, car elle souligne l’intérêt d’adopter de nouvelles formes d’agriculture pour éviter le nouveau développement de cultures intensives.
  • 12) “Assainir l’offre alimentaire en incitant ou en obligeant à la reformulation des recettes des plats industriels (limitation de sel, de sucre ou de graisses saturées).” Les plats industriels se verraient obligé d’améliorer leurs recettes pour qu’ils correspondent davantage aux recommandations en terme de valeurs nutritionnelles. 
  • 13) “Instaurer des dispositifs d’aide financière directe ou indirecte pour réduire le prix des produits alimentaires durables.” Par exemple, en aidant les Français aux revenus les plus modestes avec des Chèques Alimentation Saine, ou en soutenant davantage l’agriculture sans pesticides.
  • 19) “Compléter les recommandations nutritionnelles par des recommandations de bonnes pratiques alimentaires du point de vue écologique.” Cette mesure pourrait par exemple consister à inciter à la consommation de produits nationaux ou plus locaux issus de l’agriculture, de la pêche ou de l’élevage durable.

Nous verrons dans les prochains mois si les députés et le gouvernement accueillent favorablement les propositions originales de cette délégation sénatoriale, bienvenues dans ce contexte de réflexion à un “monde d’après”.

D’après l’UNICEF, sur 676 millions d’enfants de moins de 5 ans vivant dans le monde en 2018, environ un tiers était sous-nutris ou en surpoids : 187 millions étaient sous-nutris, 40 millions en surpoids. La moitié de ces enfants, soit 340 millions, souffraient de carences alimentaires (en manque de vitamines, minéraux, oligo-éléments…)

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