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Combien les mégalodons mesuraient-ils à la naissance ?

Crédits : Hugo Salais, Studio Metazoa

Une étude récente suggère que les bébés mégalodons étaient aussi grands que les humains adultes moyens. À l’instar de nombreux requins modernes, ils cannibalisaient également leurs frères et sœurs dans l’utérus.

Il y a plusieurs millions d’années régnait dans les océans le plus grand requin de tous les temps : le mégalodon. Jusqu’à présent, seule la longueur du corps de cet incroyable prédateur disparu il y a environ 2,6 millions d’années avait été estimée à entre quinze et dix-huit mètres de long en fonction des proportions de ses dents et en se basant sur la taille du grand requin blanc. Il y a plusieurs semaines, une étude nous détaillait les proportions du reste de son corps.

Les résultats de ces travaux suggèrent qu’à l’âge adulte, le mégalodon avoisinait davantage les seize mètres de long. Sur cette base, les chercheurs ont calculé que sa tête mesurait 4,65 m de long. La nageoire dorsale mesurait quant à elle environ 1,62 m de haut. Enfin, ils estiment que sa nageoire caudale mesurait environ 3,85 m (de la base jusqu’au bout de la queue).

Toutefois, cette étude ne s’était penchée que sur les proportions du mégalodon adulte. Dans le cadre de nouveaux travaux, des paléontologues se sont penchés sur les nouveau-nés.

Deux mètres à la naissance

Comme tous les requins ou les raies, le mégalodon appartient à une classe de poissons appelés Chondrichthyes qui développent des squelettes en cartilage. Ces structures ont beaucoup de mal à se fossiliser, c’est pourquoi la très grande majorité poissons éteints sont connus principalement pour leurs dents composées de calcium qui survivent beaucoup mieux à l’épreuve du temps.

Ici, en revanche, les auteurs ont examiné les “anneaux de croissance” d’une rare collection de vertèbres d’un spécimen adulte de neuf mètres de long (au moment de sa mort) dont le cartilage s’était minéralisé, représentant “la seule colonne vertébrale raisonnablement préservée de l’espèce dans le monde entier“, peut-on lire dans l’étude.

Grâce à une tomographie (CT) par rayons X, les paléontologues ont pu compter 46 cycles de croissance régulièrement espacés dans trois des vertèbres du mégalodon. Autrement dit, nous savons que ce spécimen est mort vers l’âge de 46 ans. En travaillant à rebours jusqu’à l’anneau de croissance le plus ancien, les scientifiques ont ensuite pu calculer la longueur du requin alors qu’il n’était qu’un nouveau-né. Il mesurait alors environ deux mètres, ce qui est évidemment plus grand que tous les requins nouveau-nés connus.

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Une coupe transversale de la plus grande vertèbre de mégalodon. Crédits : Shimada et coll. 2020

Cannibalisme in utero

D’après les auteurs, nourrir des jeunes aussi énormes aurait entraîné des coûts énergétiques élevés pour la mère. Pour expliquer leur taille impressionnante, ils suggèrent ainsi que ces petits se nourrissaient également in utero en cannibalisant leurs frères et sœurs à naître encore dans l’oeuf comme le font aujourd’hui tous les requins lamniformes existants.

L’examen des anneaux des vertèbres a également révélé que ces requins grandissaient lentement au cours des sept premières années de leur vie, probablement parce qu’ils étaient déjà assez gros à la naissance pour rivaliser pour la nourriture et décourager les attaques de prédateurs.

Enfin, en combinant les résultats de la trajectoire de croissance avec des données sur la taille corporelle des plus grands individus connus, les chercheurs ont estimé que les mégalodons pouvaient vivre jusqu’à près de cent ans. Cependant, cette espérance de vie déduite “reste plutôt théorique et nécessite une enquête plus approfondie“, ont-ils conclu.