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La surface de Mercure est-elle jonchée de diamants ?

Crédits : NASA

Selon une équipe de chercheurs, Mercure pourrait être incrustée de diamants. Ces petits joyaux pourraient en effet s’être formés suite aux impacts répétés d’astéroïdes sur la surface de cette planète chargée en graphite. Une prochaine mission pourrait nous éclairer davantage sur ce passé tumultueux.

Mercure est la planète la plus proche du Soleil. C’est aussi la moins massive du Système solaire. Elle complète un tour de notre étoile en 88 jours terrestres et opère une rotation sur elle-même tous les 59 jours terrestres. Sur place, les journées sont donc très longues et les années très courtes. Naturellement, Mercure n’est pas accueillante : elle affiche des températures diurnes dépassant les 420°C, tandis que les températures nocturnes plongent à -143°C.

Malgré tout, Mercure est une planète intéressante. Nous savons en effet grâce à la mission Messenger que de l’eau subsiste au fond de certains de ses grands cratères. De récentes analyses suggèrent que la planète pourrait également contenir encore plus de glace dans des cratères plus petits.

La glace d’eau mise à part, Mercure est également intéressante sur le plan géologique.

Une couche de graphite

Comme beaucoup d’autres mondes de notre Système solaire, y compris le nôtre, la jeune Mercure était recouverte d’océans de magma. Ces derniers se refroidirent ensuite avant de durcir, formant principalement des métaux et des roches. Les métaux coulèrent alors pour finalement construire le noyau de la planète, tandis que les roches se solidifiaient au-dessus.

Sur de nombreuses planètes, la majeure partie du carbone finit par intégrer ce noyau métallique, mais pour une raison ou pour une autre, Mercure semble s’être retrouvée avec beaucoup de carbone incrusté dans son « écorce ».

Cela étant dit, comme beaucoup d’autres planètes de notre système, Mercure s’est également fait marteler par des astéroïdes au cours d’une période violente et destructrice appelée le Grand bombardement tardif il y a plusieurs milliards d’années. Dans le cadre d’une étude récente, une équipe dirigée par Kevin Cannon, géologue à la Colorado School of Mines, a modélisé les effets de ces impacts sur les sept kilomètres supérieurs environ de la croûte de Mercure (qui contient du carbone sous forme de graphite) sur des milliards d’années.

Mercure diamants
Mercure vue par la sonde MESSENGER le 14 janvier 2008. Crédits : NASA

Des tonnes de diamants impurs

Selon l’étude, la couche de graphite de cette croûte supérieure aurait pu mesurer plus de 90 mètres d’épaisseur et la pression d’impact des astéroïdes aurait été suffisante pour en transformer 30 à 60 % en ce que les chercheurs appellent des « diamants de choc ». Cela représente un grand nombre de joyaux spatiaux : peut-être seize quadrillions de tonnes selon Kevin Cannon, bien que les diamants soient probablement tous minuscules, dispersés et enterrés.

« L’onde de pression des astéroïdes ou des comètes frappant la surface à des dizaines de kilomètres par seconde pourrait transformer ce graphite en diamants« , résume ainsi le chercheur, qui présentait ses dernières découvertes à la Lunar and Planetary Science Conference il y a quelques jours. « Vous pourriez avoir une quantité importante de diamants près de la surface. »

Les preuves d’autres recherches appuient également cette hypothèse. Certaines météorites, comme les fragments de roche connus sous le nom d’Almahata Sitta tombés sur le désert nubien du nord du Soudan en 2008, contenaient en effet de minuscules diamants, peut-être eux aussi produits par le choc des collisions entre astéroïdes.

Cela étant, les « mineurs de l’espace » ne voudront probablement pas se diriger vers Mercure de si tôt. « Ces diamants sont en effet probablement impurs, composés d’un mélange désordonné de graphite, de diamants et peut-être même d’autres phases, de sorte que vous n’aurez pas de beaux cristaux que vous pourriez polir et mettre sur une bague« , explique le chercheur. De toute manière, la météo locale et le temps de trajet incroyablement long auraient vite calmé les ardeurs.

La mission conjointe BepiColombo pourrait en revanche nous éclairer davantage sur ce passé tumultueux. Lancée en 2018, la sonde arrivera sur place en 2025 pour libérer deux orbiteurs qui se placeront chacun sur une orbite différente.