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Supposée éteinte depuis 30 ans, une espèce de grenouille refait surface

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Crédits : Fondation Atepolus

Une espèce de grenouille arlequin, supposée éteinte depuis une trentaine d’années, a récemment été aperçue dans les montagnes colombiennes.

Moins de cinq centimètres de long, le corps noir tacheté de blanc, la grenouille arlequin étoilée (Atelopus aryescue) était supposée éteinte depuis trois décennies. La dernière fois qu’elle a été officiellement décrite, c’était en 1991. Des chercheurs de l’ONG Fundación Atelopus ont pourtant documenté l’espèce il y a quelques semaines dans les montagnes de la Sierra Nevada, bien aidés par les membres de l’ethnie indigène des Arhuacos.

Car si le petit amphibien a su se faire discret auprès de la communauté scientifique, les habitants locaux avaient en revanche tout à fait conscience de son existence. Le peuple Arhuaco notamment, accorde une grande importance spirituelle et culturelle à ces grenouilles qu’ils appellent « gouna ». Ils vivent en harmonie avec elles depuis des générations.

« La Sierra Nevada de Santa Marta est un endroit que nous considérons comme sacré. Les grenouilles arlequins sont ici les gardiennes de l’eau et les symboles de la fertilité », explique Kaneymaku Suarez Chaparro, membre de la communauté Sogrome et étudiant en biologie à l’Université districtale Francisco José de Caldas.

Travailler ensemble pour un même objectif

Les chercheurs ont entendu parler de la grenouille dès 2015, expliquent-ils. En revanche, il a fallu dialoguer avec les Arhuacos pendant des mois avant d’avoir accès à leurs informations. Ils ont finalement été autorisés à pénétrer dans les montagnes sacrées pour documenter la grenouille. Au bout de huit heures de marche, ils en ont alors observé une trentaine.

Au départ, les chercheurs n’ont pas été autorisés à prendre des photos. Ce n’est qu’au bout de plusieurs expéditions que les chefs spirituels – appelés mamos – ont finalement donné leur accord.

Il a en effet été convenu que le fait de surveiller l’espèce – en analysant la dynamique et la morphologie des populations, par exemple – pouvait permettre de mieux la protéger.

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Crédits : Fundación Atelopus

« Le travail avec les communautés autochtones peut véritablement nous aider à trouver des espèces perdues pour la science. Ces travaux nous aident également à mieux comprendre comment nous pouvons conserver le monde naturel d’une manière qui relie les connaissances spirituelles et culturelles », explique Lina Valencia, responsable de la conservation de la Colombie à Global Wildlife Conservation.

Les chercheurs se disent finalement très reconnaissants envers le peuple d’Arhuaco de leur avoir donné l’opportunité de travailler avec lui.

Notons enfin que, si effectivement le fait d’en avoir observé plusieurs dizaines est une bonne nouvelle pour l’espèce, ces grenouilles doivent néanmoins continuer de faire face à plusieurs menaces. On pense notamment aux maladies infectieuses ou à la destruction de leur habitat.

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Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.