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Stocker les connaissances de l’humanité dans des tubes de lave sur la Lune

la zone des collines Marius sur la Lune, observée par la sonde japonaise d'observation lunaire Selene. Crédits : NASA

Lonestar Data Holdings a une mission unique qui ne ressemble à aucun autre fournisseur de cloud : construire des centres de données sur la Lune pour sauvegarder les données du monde. La startup aimerait assembler ses installations dans des tubes de lave. Deux missions de démonstration sont déjà prévues.

Un jour, des racks de serveurs informatiques pourraient ronronner silencieusement dans l’obscurité sous la surface de la Lune. C’est là-bas, à l’intérieur de grands tubes de lave, que certaines des données les plus importantes pour l’humanité seraient stockées avec pour objectif de les conserver le plus longtemps possible. Cette idée, la startup Lonestar Data Holdings veut en faire une réalité.

« Il est inconcevable pour moi que nous gardions nos atouts les plus précieux, nos connaissances et nos données, sur Terre, où nous lançons des bombes et brûlons des choses« , explique Christopher Stott, fondateur et PDG de Lonestar. « Nous devons mettre nos atouts en place hors de notre planète où nous pouvons la garder en sécurité. »

La Terre mise de côté, il nous reste la Lune. Cette idée a du sens. Après tout, un côté de notre satellite naturel fait constamment face à la Terre. Cela signifie qu’il serait possible d’établir une communication directe et constante entre les appareils de la Lune et de notre planète. Cependant, assembler et maintenir de telles installations présente également son lot de défis.

L’intérêt des tubes de lave

La température sur la Lune fluctue par exemple  de 106°C le jour à -183°C la nuit. Notre satellite est également constamment bombardé de rayonnement cosmique en raison de son manque d’atmosphère. C’est là que les tubes de lave entrent en jeu.

Ces structures se forment par des coulées volcaniques refroidies en surface, mais dont le cœur est resté fluide, permettant ainsi à la lave de continuer à s’écouler. Une fois que la lave disparaît, une cavité en forme de galerie apparaît.

En théorie, les toits très épais de ces tubes de lave pourraient permettre une protection naturelle contre le rayonnement cosmique, les impacts de météorites et autres fluctuations de température. Une fois scellés, ces canaux souterrains pourraient également être pressurisés pour créer un environnement respirable. C’est d’ailleurs pour ces raisons que la NASA, l’ESA et d’autres agences explorent depuis longtemps l’idée de s’établir à l’intérieur de ces gigantesques structures.

tubes de lave lune
Un cratère de fosse lunaire de 100 mètres de profondeur qui pourrait donner accès à un tube de lave. Crédits : NASA/GSFC/Université d’État de l’Arizona

Deux missions de démonstration

Lonestar vient de faire une première levée de fonds de cinq millions de dollars auprès d’investisseurs. Pour lever plus d’argent, elle devra prouver la faisabilité de sa technologie. Dans cet esprit, elle a déjà signé plusieurs contrats visant à lancer deux missions de démonstration à bord de deux atterrisseurs lunaires avec Intuitive Machines, une entreprise aérospatiale financée par la NASA.

Lonestar financera tout d’abord une partie de la mission IM-1 pour effectuer un test logiciel initial, en stockant une petite quantité de données sur l’atterrisseur Nova-C de la société pendant deux semaines (ou un jour lunaire). Cette mission doit avoir lieu à la fin de l’année.

Le deuxième lancement, IM-2, est plus ambitieux. Intuitive Machines prévoit d’envoyer un autre atterrisseur Nova-C au pôle sud de la Lune transportant divers équipements pour le compte de la NASA. Au milieu de toutes ces charges utiles, Lonestar aimerait ajouter un dispositif de stockage d’un kilogramme de la taille d’un roman relié avec seize téraoctets de mémoire. IM-2 devrait être lancé en 2023. Sur place, la startup effectuera plusieurs tests comme preuve de concept.

La société est toujours en train de déterminer les taux de bande passante. Cependant, elle a déjà obtenu des autorisations pour transmettre des données vers la Lune dans les bandes S, X et Ka du spectre radio.

Le défi de l’atterrissage

Naturellement, l’opportunité pour Lonestar de tester sa technologie sur la Lune dépendra de la réussite des atterrisseurs Nova-C d’Intuitive Machines. Les atterrissages en douceur sur la Lune sont en effet notoirement difficiles. Plus récemment, la société israélienne SpaceIL et l’agence spatiale nationale indienne en ont fait l’expérience avec les crashs de leur machine.

Les principales difficultés tiennent de la forte attraction gravitationnelle de la Lune et son atmosphère très mince, ce qui signifie que les vitesses auxquelles les engins spatiaux s’approchent de la surface doivent être considérablement ralenties en peu de temps pour se poser en douceur.

Si tout se passe comme prévu, Lonestar a également déjà des plans pour une future mission visant à lancer des serveurs capables de contenir jusqu’à cinq pétaoctets de données en 2024 et jusqu’à cinquante pétaoctets de données d’ici 2026. D’ici là, la société espère que le centre de données sera en mesure d’héberger le trafic de données vers et depuis la Lune à des taux de quinze gigabits par seconde diffusée à partir d’une série d’antennes.