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Découverte rare d’un squelette de baleine grise de l’Atlantique

Crédits : osé Eugenio Gómez Rodríguez

Disparue au début des années 1 700 dans l’atlantique nord, la baleine grise se fait particulièrement discrète dans les archives fossiles, d’où l’intérêt de cette étude. Une équipe de scientifiques décrit en effet la découverte d’un spécimen quasi complet identifié à tort comme une baleine à bosse il y a trente ans.

La baleine grise (Eschrichtius robustus) est une espèce de cétacé retrouvée dans le Pacifique. Elle est souvent observée le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord, de l’Alaska jusqu’au Mexique. En Atlantique, ces mammifères ne sont en revanche malheureusement qu’un souvenir. Disparus il y a plus de trois cents ans, ils ne sont mentionnés que dans quelques documents historiques ou simplement évoqués par les découvertes occasionnelles, ici et là, d’un os unique. C’est pourquoi cette nouvelle est importante.

Une équipe de biologistes annonce en effet avoir identifié le squelette de baleine grise de l’Atlantique Nord le plus complet jamais découvert. En réalité, ce squelette avait été découvert dans les années 70, échoué sur une plage de Caroline du Nord (États-Unis). Cependant, jusqu’à récemment, nous pensions qu’il s’agissait des restes d’une baleine à bosse. Le spécimen réside aujourd’hui au Smithsonian National Museum of Natural History.

Plus de 800 ans

Le squelette est celui d’un juvénile de neuf mètres de long. Il comprend quarante-deux éléments crâniens et post-crâniens, des parties du rostre, les deux mandibules, les omoplates, les humérus, les rayons et les cubitus, la majeure partie de la colonne vertébrale antérieure à la région lombaire et de nombreuses côtes. Une telle découverte est exceptionnelle. Étant donné que ces baleines vivent en haute mer, leurs dépouilles coulent généralement au fond de l’eau, si elles ne sont pas dévorées avant. Seuls quelques ossements uniques ont ainsi été retrouvés échoués sur les plages.

Une datation au radiocarbone réalisée sur l’un des échantillons suggère que cette baleine est morte il y a 827 ans. Sa dépouille a été découverte près de l’entrée d’un grand estuaire qui aurait pu être utilisé comme aire de reproduction et de mise bas similaire à celles favorisées par les baleines grises évoluant au large de la Basse-Californie.

Les restes suggèrent également que la baleine s’est échouée dans d’anciens sédiments partiellement submergés couchés sur son côté droit. Plus tard, alors que les îles-barrières de la région se déplaçaient, son corps a été entièrement enterré et préservé. Une analyse plus détaillée de son squelette permettra aux biologistes de faire des comparaisons de taille et de forme avec d’autres populations de baleines et autres analyses génétiques, de quoi potentiellement nous apporter un nouvel éclairage sur l’espèce ou son histoire évolutive.

Nous savons également que certains os de cette baleine ont été « travaillés » par des locaux indigènes de l’époque. Ces derniers ont probablement utilisé les haches de pierre pointues pour dépecer l’animal. Les auteurs pensent que cette action était probablement opportuniste. Cependant, il est aussi possible que ces autochtones se soient aventurés en mer au moyen d’embarcations pour tuer l’animal ou le conduire dans les eaux peu profondes.

baleine grise
Crédits : Jeff Janowski / UNCW

Un retour possible ?

La génétique suggère que les baleines grises sont entrées dans l’Atlantique avant la dernière période glaciaire, il y a 130 000 à 115 000 ans, sinon même avant. Nous pensons que les baleiniers les ont achevées au début des années 1700. Cependant, les modèles de diversité génétique au fil du temps suggèrent que leur déclin était entamé bien avant, probablement à cause de l’évolution des régimes océanographiques au cours de l’Holocène.

Les données génétiques nous montrent également que les baleines grises de l’Atlantique descendent directement des populations du Pacifique Nord. Cependant, leurs populations n’ont jamais été aussi importantes que celles du Pacifique. Cela pourrait être dû au fait que l’Atlantique proposait moins d’habitats de plateau côtier, et donc moins de zones d’alimentation potentielles.

Cependant, la fonte de la banquise arctique pourrait un jour donner aux baleines grises l’occasion de s’adapter à nouveau. Si tel est le cas, ces animaux devront néanmoins se confronter à un océan très différent de celui d’il y a trois siècles. Le trafic maritime, les lignes de pêche et autres infrastructures d’extraction des ressources ont en effet rendu cet habitat côtier beaucoup plus dangereux et bruyant. Les eaux plus chaudes et plus acides ont en outre réduit les populations d’invertébrées dont ces baleines raffolent tant.