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SpaceX : que retenir du dernier vol test du Starship ?

Crédits : Trevor Mahlmann

Le SN10 va-t-il atterrir sans encombre ? Telle était la question que tout le monde se posait mercredi soir au sujet du troisième vol d’essai du Starship. Réponse : oui !… Et non. Le prototype s’est en effet posé en un seul morceau, avant d’exploser quelques minutes plus tard. N’empêche, ce test n’en reste pas moins une vraie réussite.

Pour ce vol en haute altitude, les ingénieurs de SpaceX avaient procédé à des modifications pour la phase finale du vol, suite au dernier crash du prototype SN9. Après une première tentative avortée à moins d’une seconde ce mercredi soir, peu après 21 h, le SN-10 a finalement décollé peu après minuit, avant de réussir à se poser sur son pad de Boca Chica, au Texas. Un peu de travers, certes, mais en un seul morceau. Nous avions alors crié victoire. Et pour cause, il s’agissait d’une véritable première !

La suite est un peu moins rose. Un feu s’est en effet déclenché sous la fusée au moment de l’atterrissage. Plusieurs lances à incendie ont semblé maîtriser l’incident, jusqu’à ce qu’une violente explosion ne propulse le véhicule à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol. Le SN10 n’est plus, donc. Mais il a fait le job.

Le fondateur et ingénieur en chef de la société, Elon Musk, semblait malgré tout ravi après le vol. « L’équipe de SpaceX fait un excellent travail ! Un jour, la vraie mesure du succès sera que les vols Starship seront monnaie courante », a-t-il tweeté.

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Crédits : Trevor Mahlmann

Que s’est-il passé ?

Ainsi le programme Starship progresse très clairement, même si, naturellement, il difficile d’ignorer cette nouvelle explosion. Que s’est-il alors passé pour ce dernier test, sur le plan technique ?

Comme ses prédécesseurs SN8 et SN9, SN10 est monté à une altitude d’environ 10 km avant d’exécuter une manœuvre de “belly flop”, entamant dès lors sa redescente sur Terre.

Contrairement aux vols précédents, le véhicule n’a eu aucun problème à rallumer ses moteurs Raptor. Pour la première fois, les trois se sont enflammés alors que le prototype s’approchait du sol, puis l’un d’eux s’est arrêté, comme prévu. Le SN10 s’est ensuite réorienté en position verticale avec ses deux derniers moteurs. Puis, toujours comme prévu, le véhicule s’est posé lentement sur son pad avec un unique moteur.

Nous savons que les ingénieurs de SpaceX ont rencontré des problèmes avec les pattes d’atterrissage tronquées du Starship. Sur ce plan, ils pourront effectuer quelques correctifs. Il est également apparu que le véhicule a brièvement rebondi au moment de toucher le sol, puis un départ d’incendie s’est déclenché à la base. Le vaisseau s’est ensuite redressé, et pendant environ dix minutes, il est resté là.

Soudainement, le véhicule s’est soulevé à plusieurs mètres du sol. SpaceX n’a ​​pas encore fourni de détails sur ce qu’il s’est réellement passé. Cependant, des sources bien informées ont suggéré que l’accident pourrait avoir été causé par une fuite de méthane. Il est en effet notoirement difficile de faire fonctionner les vannes de carburant à des températures cryogéniques.

Ceci étant dit, les ingénieurs de SpaceX doivent être ravis d’avoir essuyé avec succès les problèmes de rallumage des moteurs Raptor. Et pour cause, cette procédure essentielle avait fait défaut lors des deux premières tentatives. La société avait d’ailleurs enregistré les mêmes problèmes avec les moteurs Merlin du Falcon 9, au début. Pour un vaisseau spatial comme le Starship, atterrir après seulement trois essais à haute altitude est donc tout à fait remarquable.

SpaceX a également collecté de nombreuses autres données significatives lors de ce lancement, permettant d’affiner à la fois la conception du vaisseau et son logiciel de vol. On attend donc avec impatience le test du prototype SN11 qui, vraisemblablement, tentera lui aussi un vol à dix kilomètres d’altitude.

Qu’en pense la NASA ?

Reste en effet à savoir comment la NASA va réagir à ce troisième test. Sera-t-il considéré comme un progrès ou comme un échec ? La question se pose, alors que l’agence américaine se prépare à choisir l’entreprise qui fournira le système d’atterrissage de la mission Artemis III, qui prévoit le retour des humains sur la Lune. Compte tenu de ce nouveau crash, la NASA pourrait ne pas prendre de risque et opter pour des atterrisseurs plus conventionnels en cours de développement proposés par les équipes de Blue Origin et Dynetics.

Cela dit, rappelons que le Starship fait l’objet d’un programme de développement unique, progressant par itérations rapides. SpaceX construit un nouveau vaisseau toutes les deux ou trois semaines, se donnant ainsi la possibilité d’essayer, d’échouer, de réessayer, pour finalement réussir. Et la NASA le sait très bien.