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Des « souvenirs » environnementaux transmis sur 14 générations de vers, un record !

Crédits : iStock

Une étude récente publiée ce vendredi détaille le plus long maintien de la « mémoire » environnementale transgénérationnelle jamais observée à ce jour dans le règne animal chez une espèce de ver. Ces « souvenirs » environnementaux sont transmis sur 14 générations.

L’environnement dans lequel nous vivons peut affecter notre ADN. Une équipe de l’Organisation européenne de biologie moléculaire (EMBO), en Espagne, annonce avoir découvert que ces types de changements génétiques environnementaux peuvent être transmis sur 14 générations chez le nématode Caenorhabditis elegans, un petit ver d’un millimètre environ. Les résultats seront publiés ce vendredi 21 avril dans la revue Science.

Pour étudier cette « marque » environnementale sur l’expression génétique de ces petits vers non parasitaires, les chercheurs expliquent les avoir génétiquement modifiés de sorte que le transgène, qui est la séquence isolée d’un gène transférée d’un organisme à un autre lors de la mise en œuvre de la transgenèse, soit « mise en lumière » grâce à une protéine fluorescente. Lorsqu’il est activé, ce gène apparaît donc sous la lumière ultraviolette. Les chercheurs ont ensuite modifié la température de leurs récipients en gardant les vers à 20 °C. Ils ont alors mesuré une faible activité du transgène. En revanche, à 25 °C, les petits vers se sont soudain « illuminés », signifiant donc que le gène fluorescent était devenu beaucoup plus actif.

Crédits : iStock

Ces petites vacances tropicales n’ont cependant pas duré longtemps. Les vers ont ensuite été déplacés vers des températures plus fraîches, mais étonnamment, ils ont continué à briller tout autant, suggérant que ces derniers conservaient une « mémoire environnementale » du climat précédemment plus chaud. En outre, cette « mémoire » fut ensuite transmise à leur progéniture sur sept générations, dont aucune n’avait connu ces températures plus chaudes. En maintenant ensuite les vers 25 °C sur cinq générations et l’activité transgénique fut-elle maintenue sur 14 générations, la plus longue « portée » observée à ce jour dans le règne animal. Habituellement, les changements environnementaux n’influencent l’expression génétique que sur quelques générations.

Les chercheurs se sont ici tournés vers Caenorhabditis elegans, puisque chaque génération ne met qu’une cinquantaine de jours seulement à se développer. Les effets héréditaires chez les humains sont néanmoins difficiles à mesurer en raison des générations prolongées, mais certaines recherches suggèrent que des événements dans nos vies peuvent effectivement affecter le développement de nos enfants et peut-être même de nos petits-enfants, sans forcément changer notre ADN.

Par exemple, des études ont montré que les enfants et petits-enfants des femmes qui ont survécu à la famine hollandaise de 1944-1945 ont développé une forte intolérance au glucose à l’âge adulte. D’autres chercheurs ont également constaté que les descendants des survivants de l’Holocauste avaient des niveaux inférieurs de cortisol qui aide notre corps à se remettre après un traumatisme.

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