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Sommes-nous devenus des touristes de nos propres vies à cause des réseaux sociaux ?

Crédits : Comfreak / Pixabay

Les réseaux sociaux font partie intégrante de la vie de la plupart d’entre-nous. Et ces raisons auraient modifié nos rapports aux choses que nous faisons dans notre vie, et cela à différents niveaux.

Le journaliste et critique américain Jacob Silverman avait écrit en 2015 un article dans le quotidien The Guardian, soutenant que les réseaux sociaux ont fait naitre chez les utilisateurs un nouveau mode de vie. En effet, qui n’a par exemple jamais interrompu une activité afin d’immortaliser ce moment en photo afin de le partager sur Facebook, Twitter and co ?

« Dans un paysage numérique construit sur la visibilité, le plus important, ce n’est pas tant le contenu de ce que vous postez que l’existence même de vos publications » peut-on lire dans l’article en question.

Selon Jacob Silverman, les réseaux auraient tellement modifié nos comportements que la pulsion de partager des éléments de sa propre vie serait devenue une seconde nature. La formule est un peu forte, mais lorsque l’on sait jusqu’où peuvent aller certains comportements, cela prend son sens. Dernièrement, une jeune de femme de 19 ans a jugé opportun de partager son propre suicide en direct, via l’application Périscope, bien que cela relève d’une grave dérive plutôt que d’un comportement banal, mais tout de même.

Qu’est-ce qui nous pousse à nous accrocher aux réseaux sociaux afin de suivre des flux d’actualités, de statuts, et de photos ? La réponse est simple pour le journaliste critique :

« L’explication, c’est que tout le monde le fait. Un milliard d’individus sont sur Facebook, des centaines de millions sont répartis sur les autres réseaux ; qui voudrait rester à l’écart de tout ça ? […] Par ailleurs, une fois que vous en êtes et que les mises à jour défilent, le petit pic d’endorphine que produit un ‘like’ ou un partage fait office de petite récompense pour tout cet investissement. »

Cette recherche de reconnaissance via un réseau virtuel ne peut rien comporter de pire qu’une publication sans aucun « like » par exemple, et le sentiment de déception est alors proportionnel à la satisfaction que procurent ces mêmes « likes ».

« Le problème de ces notifications souligne le journaliste, c’est que, comme les publications, c’est sans fin. Nous sommes constamment en quête d’une bonne nouvelle, même quand nous sommes complètement pris par une autre activité. De la même manière que les bruits de la ville viennent perturber le silence, les notifications chassent la contemplation. »

Ainsi, le fait d’obtenir des avis positifs sur ce que nous faisons serait plus important que l’activité elle-même, tout en développant notre égocentrisme, car être tout le temps dans ce genre d’attente ne facilite pas non plus l’intérêt que l’on peut porter aux autres. En effet, ce partage n’a, dans la plupart des cas, pas vocation à simplement partager, mais découle d’un réel narcissisme. Jacob Silverman lançait une critique à propos des photos sur Instagram :

« Les photos servent moins à se souvenir d’un moment qu’à montrer la réalité de cet instant aux autres. […] ‘Regardez comme nous nous amusons ! Ça a l’air bien, non ? S’il vous plaît, validez mon activité, et je validerai la vôtre’ »

Le journaliste, très inspiré, expliquait également que prendre des photos dans le but de les partager nous donnerait une activité supplémentaire au sein même d’une activité plus classique :

« Vivre l’instant présent’ implique désormais de le capturer et de le posséder. Ce qui fait de nous des touristes de nos propres vies. »

Ainsi, le fond de commerce des réseaux sociaux ne serait autre que l’égo, et non le partage en soi, une notion qui est surement un peu trop liée à la réalité, à tel point que cela attise la confusion dans les esprits, à trop vouloir vivre sa propre réalité via ces mêmes réseaux.

Sources : The Guardian – Courrier International