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Ces simulations précisent les avantages et les inconvénients de la géo-ingénierie solaire

Crédits : NASA via Flickr.

Des chercheurs de l’Université de Cornell (États-Unis) ont évalué avec une exhaustivité sans précédent les avantages et les inconvénients associés à un déploiement de la géo-ingénierie solaire à grande échelle d’ici 2035. Les résultats ont été publiés dans la revue scientifique PNAS le 8 août dernier.

Depuis le début de l’ère industrielle, la planète s’est déjà réchauffée de 1,2 °C en moyenne globale. Or, pendant que nos émissions de gaz à effet de serre continuent de croître en dépit des alertes et des conférences climatiques, certains travaillent sur un plan de secours capable de nous prémunir des impacts les plus délétères d’un réchauffement non maîtrisé.

Ce type de méthode inclut notamment la géo-ingénierie solaire. L’idée est d’injecter des aérosols sulfatés dans la stratosphère afin d’augmenter le pouvoir réfléchissant de notre planète et de compenser une partie du réchauffement dû à nos rejets de gaz à effet de serre. Comme on peut s’en douter, le sujet est controversé, en partie en raison du risque d’effets secondaires indésirables.

Géo-ingénierie solaire : une question de balance bénéfice-risque et d’acceptation politique

En vue de parfaire ce plan B, comme certains aiment à l’appeler, des chercheurs ont évalué avec une rigueur et une exhaustivité sans précédent différentes méthodes d’injections proposées dans la littérature scientifique ainsi que les avantages et les inconvénients de chacune d’entre elles. L’étude évalue par exemple les impacts correspondant à différentes intensités d’injections ou encore ceux associés à l’interruption brutale de l’épandage et à l’effet rebond qui en résulterait, c’est-à-dire le rééquilibrage brutal de la température avec la quantité de gaz à effet de serre dans l’air. Elle fournit également un cadre de travail pour faciliter à l’avenir les comparaisons entre études.

géo-ingénierie solaire
Évolution de différentes variables climatiques avec une poursuite du réchauffement selon un scénario d’émissions de GES modérées (courbe en noir). Les simulations correspondant à différents taux d’injection stratosphérique figurent en couleur, le plus agressif étant le scénario bleu clair. Crédits : D. G. MacMartin & coll. 2022.

« Si quelqu’un n’a jamais entendu parler de cette stratégie auparavant, sa première réaction devrait être : « wow, vous n’êtes pas sérieux, ça semble terrible ! » », reconnaît Doug MacMartin, auteur principal de l’étude. « Et ça pourrait l’être, mais le changement climatique n’est pas bon non plus. Nous avons peut-être dépassé le stade des solutions faciles. Si nous voulons être en mesure de fournir aux décideurs les meilleures informations possible, nous devons comparer les risques liés à l’utilisation de cette technologie avec ceux liés à sa non-utilisation ».

Idem que précédemment, mais avec une interruption brutale et graduelle des injections en 2055 (courbe en bleu clair et bleu foncé, respectivement), avec une interruption d’un an (courbe orange) et de deux ans (courbe rouge). La courbe verte correspond à un scénario d’injections permanentes permettant de limiter le réchauffement global à 1,5 °C et à partir de laquelle les autres courbes sont calculées. Crédits : D. G. MacMartin & coll. 2022.

Les simulations présentées indiquent également que même si nos sociétés opéraient d’importantes réductions d’émissions pour limiter le réchauffement sous 2 °C comme le voudrait l’accord de Paris, ces techniques de géo-ingénierie se montreraient utiles en limitant l’élévation des températures pendant la transition. « Nous serons confrontés à des décisions difficiles dans les décennies à venir quant à l’opportunité de compléter ou non les autres stratégies d’atténuation du changement climatique avec des méthodes de réflexion du rayonnement solaire », note le chercheur.

Si à l’heure actuelle, le déploiement à grande échelle d’une armada d’avions ou ballons chargés de dioxyde de soufre est encore utopique, les avancées effectuées au cours des dernières années sur les méthodes les plus efficaces et sur les rapports bénéfices-risques ont permis d’en faire des techniques potentiellement mobilisables par des acteurs de la société dans un avenir proche. Nous imiterions alors ce que font naturellement les grosses éruptions volcaniques. « En ce sens, nous ne parlons pas d’introduire quelque chose de complètement artificiel », souligne l’auteur principal.