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En Sibérie, le réchauffement est inédit depuis au moins sept millénaires

Crédits : Berkeley Earth.

Une étude démontre que le réchauffement observé en Sibérie sur le dernier siècle est sans précédent depuis plus de sept mille ans et qu’il interrompt une tendance plurimillénaire marquée par un lent refroidissement. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications ce 25 août.

Alors que le nord de la Sibérie fut soumis à une baisse lente, mais continue de la température au cours des derniers millénaires, les dix-neuvième et vingtième siècles marquent un tournant fulgurant. En effet, la tendance s’inverse alors très brutalement et catapulte le mercure à des niveaux jamais atteints depuis près de huit mille ans.

Ces résultats novateurs ont été obtenus grâce à l’analyse de cernes d’arbres fossilisés de la péninsule de Yamal située au nord-ouest de la Sibérie et prélevés lors de campagnes scientifiques menées depuis les années 1980. La reconstruction climatique qui en résulte permet d’apprécier l’évolution de la température moyenne d’été sur les 7638 dernières années.

Sibérie : le réchauffement contemporain replacé dans une perspective plurimillénaire

Les chercheurs expliquent que le refroidissement de long terme est dû à l’évolution des paramètres orbitaux de la Terre et à la diminution consécutive de l’énergie solaire aux hautes latitudes nordiques depuis quelques milliers d’années. Or, si ces paramètres continuent encore aujourd’hui à affaiblir l’ensoleillement boréal, la quantité de gaz à effet de serre a quant à elle subi une hausse fulgurante à partir du dix-neuvième et surtout du vingtième siècles. Le bilan entre effets refroidissant et réchauffant étant très largement à la faveur du dernier, la température s’est envolée.

Sibérie
Évolution de la température moyenne d’été (juin-juillet) depuis 7600 ans au nord-ouest de la Sibérie. Les parties rouges du tracé signalent les périodes avec peu de données. Crédits : Rashit M. Hantemirov & coll. 2022.

« Cette situation est indéniablement préoccupante pour les systèmes naturels et humains qui subissent l’impact de changements climatiques se situant en dehors de l’enveloppe des variations climatiques naturelles pour cette région », rapporte l’étude dans son résumé.

Afin de mieux caractériser les changements au long cours, les auteurs soulignent qu’il est encore possible d’étendre la reconstruction dans le passé sur environ deux mille années. Ce type de série climatologique est très instructif, car il permet de replacer le réchauffement contemporain dans une perspective de long terme remontant bien avant l’invention des thermomètres.

« Grâce à la coopération internationale, il sera également possible d’utiliser d’autres paramètres des cernes pour préciser davantage les reconstructions climatiques », rapporte Rashit Hantemirov, auteur principal de l’étude. « Avec des collègues suisses, nous travaillons sur l’analyse de la structure cellulaire des cernes, et en collaboration avec l’Institut de géologie et Géophysique de l’Académie chinoise des sciences, nous avons l’intention d’effectuer une reconstruction basée sur l’analyse de l’oxygène-18 contenu dans les cernes ».