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Les Sherpas : ces alpinistes “surhumains” de l’Himalaya

Crédits : iStock

Au Népal, les Sherpas sont hautement considérés notamment pour leur force, leur loyauté, leur empressement, leur bonne humeur et leur joie de vivre même dans les conditions les plus difficiles. Mais ce qui les caractérise le plus, c’est leur incroyable résistance au manque d’oxygène. Une étude récente nous permet aujourd’hui d’y voir un plus clair.

Au Népal, les Sherpas ont démontré une capacité d’ouverture au changement peu commune : l’isolement géographique ne les a en effet jamais empêchés d’être réceptifs aux influences extérieures, comme la culture de la pomme de terre importée par les Britanniques dans l’Himalaya ; l’introduction de l’iode qui a permis d’éradiquer le goitre fort répandu dans le pays avant les années 1960 ou encore le mountaineering et le trekking qui ont donné naissance à l’écotourisme. Mais ce qui distingue particulièrement les Sherpas, c’est leur incroyable capacité d’adaptation à leur environnement. La physiologie des Sherpas de l’Himalaya a en effet évolué pendant des milliers d’années pour les aider à devenir des alpinistes pratiquement « surhumains » guidant et aidant celles et ceux qui cherchent à gravir les hauteurs extrêmes du mont Everest.

« Les Sherpas ont passé des milliers d’années à vivre en haute altitude, il n’est donc pas surprenant de constater qu’ils se sont adaptés pour devenir utiliser l’oxygène de manière plus efficace et générer de l’énergie », explique le physiologiste Andrew Murray de l’Université de Cambridge au Royaume-Uni. Mais alors, biologiquement parlant, qu’est-ce qui permet aux Sherpas de surmonter l’hypoxie (carence en oxygène) et le mal d’altitude qui pèsent sur celles et ceux qui vivent « en bas » ?

Dans le cadre d’une expédition de recherche appelée Xtreme Everest 2, Murray et son équipe ont étudié la physiologie de deux groupes faisant l’ascension de l’Everest sur un camp de base situé à 5 300 mètres d’altitude. Le premier groupe était composé de 10 chercheurs en majorité européens qui faisaient partie de l’expédition, tandis que l’autre était composé de 15 Sherpas originaires de la région. Des analyses de sang ont été faites ainsi que des biopsies musculaires avant l’ascension à Londres pour les chercheurs et à Katmandou, au Népal, pour les Sherpas afin d’obtenir une mesure de base de leur métabolisme dans les zones basses. De nouvelles mesures ont ensuite été faites une fois les deux groupes arrivés au camp de base, puis après deux mois d’acclimatation.

Les résultats ont montré que même à de basses altitudes, les mitochondries des Sherpas, présentes dans les cellules et souvent surnommées « les centrales énergétiques de la vie », étaient plus efficaces dans la production d’adénosine triphosphate (ATP) qui permet le transfert d’énergie dans les cellules. De plus, les sherpas révèlent des niveaux inférieurs d’oxydation des graisses, ce qui suggère qu’ils sont mieux capables de générer de l’énergie à partir de sucres plutôt que de matières grasses, moins efficaces. Ces mesures n’ont pas particulièrement évolué à mesure que les Sherpas « grimpaient » en altitude, tandis que le premier groupe s’acclimatait lentement.

Les chercheurs attribuent cet avantage en altitude à une variation dans le gène du récepteur activé par le proliférateur de peroxysome (PPARA) qui fait que le corps à puise de l’énergie dans le glucose plutôt que dans les graisses. Une seconde batterie de tests est d’ores et déjà prévue, sur des vélos d’exercices qui permettront aux chercheurs de mesurer les différences entre leurs activités métaboliques. À l’avenir, les résultats pourraient nous aider à développer de nouvelles façons de traiter l’hypoxie. En plus d’affecter les alpinistes, la condition met en danger certains patients hospitalisés (un sur cinq en unités de soins intensifs).

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