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Découverte d’un signal radio “intriguant” : comment déterminer sa provenance ?

Le radiotélescope Parkes, en Australie. Crédits : CSIRO / A. Cherney

Le suivi du récent et intriguant signal radio détecté par le SETI pose problème. Et pour cause : il ne s’est présenté qu’une seule fois, entravant la capacité des chercheurs à isoler précisément sa provenance. À l’avenir, l’idéal serait qu’ils puissent s’appuyer sur plusieurs paraboles simultanément.

Un signal qui interpelle

Il y a quelques jours, des astronomes ont annoncé la détection d’un “signal radio intriguant” possiblement en provenance de Proxima Centauri, le système stellaire le plus proche du soleil. La communauté scientifique s’est alors très vite intéressée au sujet, et ce, pour plusieurs raisons.

Déjà, ce système abrite une planète rocheuse de taille terrestre (Proxima b) évoluant dans la zone habitable de son étoile. Les astronomes, qui se sont appuyés sur le radiotélescope Parkes, en Australie, ont également évoqué un signal “à bande étroite”, ce qui signifie qu’il n’occupait qu’une mince gamme de fréquences radio (982 MHz). Or, nous ne connaissons aucun moyen naturel de compresser l’énergie électromagnétique dans un seul bac de fréquence comme celui-ci. Pour l’heure, la seule source que nous connaissons est d’origine technologique (les satellites d’origine humaine).

Autre point à souligner, le signal aurait légèrement “évolué” lors de son observation sur plusieurs heures. Cela laisse à pensait qu’il provenait d’une planète en mouvement. Enfin, ce signal semble, pour le moment du moins, avoir passé les différents tests automatisés visant à écarter toute interférence terrestre évidente.

En bref, ces caractéristiques sont exactement le genre d’attributs que les scientifiques du SETI, à l’origine de cette découverte, recherchent depuis des décennies. Ces derniers avertissent toutefois qu’il reste encore beaucoup de travail à faire, mais admettent que l’intérêt est justifié. “Il a [le signal, NDLR] des propriétés particulières qui l’ont amené à passer bon nombre de nos contrôles, et nous ne pouvons pas encore l’expliquer“, explique notamment à Scientific American Andrew Siemion, de l’Université de Californie à Berkeley.

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L’observatoire de Parkes, en Nouvelle-Galles-du-Sud, opérationnel depuis 1961. crédits : Wikipédia

Un signal unique

Bien que cela représente un progrès dans notre “quête de la vie extraterrestre”, ce mystérieux signal surnommé Breakthrough Listen Candidate 1 (ou BLC-1) présente également quelques éléments de réflexion sur la façon dont nous menons ces recherches selon Michael Garrett, directeur du Jodrell Bank Centre for Astrophysics de l’Université de Manchester,  dans The Conversation.

Il faut en effet bien comprendre que ce signal n’a été détecté qu’une seule fois (au printemps 2019). Naturellement, cela ne signifie pas nécessairement qu’il ne peut pas être de nature extraterrestre. En revanche, il sera malheureusement très difficile pour le SETI de mener le genre de suivi détaillé susceptible de convaincre pleinement les scientifiques. “Sans répétition du signal, les sceptiques soutiendront à juste titre qu’il s’agit plus probablement d’une nouvelle forme d’interférence radio générée par l’Homme ou d’une caractéristique rare de l’instrumentation d’observation complexe elle-même“, écrit l’astrophysicien.

Selon lui, une solution consisterait à abandonner l’approche traditionnelle du SETI qui ne s’appuie que sur des paraboles simples. Ces instruments, comme le télescope australien Parkes, présentent l’avantage de pouvoir balayer de grandes zones de ciel. Cependant, si un signal candidat est détecté, les astronomes n’ont alors aucun moyen d’isoler précisément sa provenance. Ici, le télescope Parkes pointait certes vers Proxima Centauri, mais des centaines de milliers d’autres étoiles étaient également présentes dans son champ de vision. Finalement, n’importe lequel de ces objets pourrait potentiellement être la source du fameux signal.

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Une vue d’artiste de la planète Proxima b. Crédits : ESO/ M. Kornmesser/ Wikipédia

Combiner les télescopes

Pour surmonter ce problème, le scientifique évoque l’idée de s’appuyer non pas sur un, mais sur plusieurs grandes paraboles simultanément, de préférence séparées par des milliers de kilomètres. “En combinant leurs signaux à l’aide d’une technique puissante connue sous le nom d’interférométrie à très longue base, nous pouvons localiser la position d’un signal avec une précision exquise“, explique-t-il. “Pour les systèmes proches tels que Proxima Centauri, nous pouvons atteindre une précision d’environ un millième d’unité astronomique. Cela devrait nous permettre d’identifier la planète associée à ce signal“.

Autre avantage de cette approche : l’hypothèse des interférences radio terrestres pourrait être écartée dans la mesure où tous ces télescopes seraient séparés par de très grandes distances.

Alors, pourquoi ne pas le faire ? L’une des raisons est que la combinaison de données provenant d’un tel ensemble de télescopes implique d’immenses ressources humaines, mais surtout informatiques. Une observation de quelques minutes générerait en effet plusieurs téraoctets de données (un téraoctet équivaut à 1 024 gigaoctets) qu’il faudrait alors décortiquer. En outre, le SETI est une organisation assez conservatrice dans son approche de la recherche extraterrestre.

Néanmoins, la situation pourrait bientôt évoluer. Le Breakthrough Listen envisage en effet de s’appuyer sur d’autres instruments, tels que le MeerKAT, un radiotélescope composé de 64 antennes dans le Cap Nord de l’Afrique du Sud, ou encore sur le Square Kilometer Array (SKA) dans leurs futurs programmes d’enquête.