Stupéfaits, des biologistes ont récemment observé plusieurs serpents originaires d’Asie du Sud-Est s’attaquer aux organes de crapauds encore vivants. C’est la première fois qu’un tel comportement est documenté chez les serpents.

La grande majorité des serpents connus consomment leurs proies entières, d’où la surprise de chercheurs thaïlandais et danois qui, entre 2016 et cette année, ont observé plusieurs serpents de l’espèce Oligodon fasciolatus ouvrir l’abdomen de crapauds masqués (Duttaphrynus melanostictus), encore vivants pour dévorer leurs organes un par un.

Dans ces trois cas détaillés par les chercheurs dans la revue Herpetozoa, les crapauds ont lutté désespérément pour leur vie en sécrétant un liquide blanc toxique. Malheureusement pour eux, rien n’y a fait. Et le calvaire n’a pas été de courte durée. L’une de ces luttes se serait en effet prolongée pendant près de trois heures avant que la victime ne finisse par succomber.

« Ce sont les premiers cas connus de serpents insérant leur tête dans une proie puis extrayant et mangeant des organes« , ont écrit les auteurs dans l’étude.

Des crapauds trop gros, trop toxiques, ou les deux ?

Les biologistes ignorent encore les raisons de cette approche inhabituelle pour des serpents. Il est néanmoins possible que ces derniers aient développé cette macabre technique dans le but de s’attaquer aux crapauds adultes, jugés trop toxiques pour être avalés en entier. Le fait d’éventrer leurs proies par l’abdomen permettrait en effet d’éviter les glandes venimeuses positionnées sur le cou et le dos des crapauds.

Il est également possible que ces crapauds adultes soient tout simplement trop gros pour être consommés d’un seul trait par les serpents. Les chercheurs ont en effet également documenté l’attaque de l’un de ces serpents sur un crapaud plus petit et plus jeune que les adultes observés dans les trois autres rapports de cas, et qui avait été avalé en entier.

Enfin, il est également possible que ces deux facteurs s’appliquent : les crapauds adultes pourraient être à la fois trop gros et trop toxiques pour être avalés d’après les chercheurs.

« Pour le moment, nous ne pouvons répondre à aucune de ces questions, mais nous continuerons d’observer et de rendre compte de ces serpents fascinants dans l’espoir de découvrir d’autres aspects intéressants de leur biologie« , a déclaré Henrik Bringsøe, l’un des auteurs, dans un communiqué.

serpents

Crédits : H. Bringsøe et coll., 2020

Ces serpents, retrouvés dans le sud-est du Myanmar, en Thaïlande, au Cambodge, au Laos et au Vietnam, étaient déjà connus pour leur capacité à infliger des blessures graves. « Je ne souhaite à personne d’être mordu par l’un de ceux-là« , souligne en effet le biologiste. « Leurs dents sont en effet conçues pour infliger des lacérations plutôt que des perforations. De plus, ces serpents libèrent un puissant agent anticoagulant qui, de par ses propriétés, oblige la blessure à saigner pendant des heures« .

Effectivement, ce sera sans nous.