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La Russie cherche à détourner un télescope allemand dans l’espace

Source : capture d'écran Youtube

Le télescope eROSITA fait partie d’un projet conjoint russo-allemand visant à cartographier l’Univers. Cependant, l’Allemagne a suspendu la mission après l’invasion de l’Ukraine. L’agence spatiale Roscosmos a donc annoncé son intention de prendre unilatéralement le contrôle de cette structure montée sur un vaisseau de construction russe.

La mission Spektr-RG Spektrum-Röntgen-Gamma est l’un des projets spatiaux les plus importants proposés par la Russie depuis la chute de l’Union soviétique. Lancé en 2019 sur une fusée Proton, cet observatoire à rayons X évolue sur une orbite de halo à environ 1,5 million de km de la Terre. Son travail consiste à détecter et cartographier les amas de galaxies et autres trous noirs supermassifs.

Pour ce projet, la société spatiale russe Roscosmos s’est associée à l’agence spatiale allemande, DLR. Dans le cadre de cette collaboration, la Russie s’occupait du vaisseau spatial Spektr-RG tandis que l’Institut Max Planck pour la physique extraterrestre, basé en Allemagne, s’occupait d’un télescope nommé eROSITA. Un télescope à rayons X russe ART-XC est également attaché au vaisseau spatial. Il fonctionne en tandem avec eROSITA.

Une énième mission victime de la guerre

La mission semblait se dérouler comme prévu depuis 2019. Finalement, la guerre en Ukraine a tout chamboulé. Le développeur allemand du télescope eROSITA a en effet mis l’instrument en mode veille en février dernier pour protester contre l’invasion russe, s’alignant sur le reste du monde occidental. Toutefois, le patron de Roscosmos, Dmitry Rogozin, a déclaré qu’il était temps de réactiver le télescope. Fervent partisan de Poutine et de l’invasion russe de l’Ukraine, ce dernier a en effet clairement exprimé ses intentions lors d’une récente interview télévisée.

« J’ai donné des instructions pour commencer à travailler sur la restauration du fonctionnement du télescope allemand dans le système Spektr-RG afin qu’il fonctionne avec le télescope russe« , a-t-il déclaré. « Les spécialistes russes insistent pour poursuivre ses travaux. Roscosmos prendra des décisions pertinentes dans un proche avenir« . Il a ensuite ajouté : « Ils, les personnes qui ont pris la décision de fermer le télescope, n’ont pas le droit moral d’arrêter cette recherche pour l’humanité simplement parce que leurs opinions pro-fascistes sont proches de nos ennemis« .

télescope erosita
Vue d’artiste du vaisseau spatial Spektr-RG transportant le télescope à rayons X allemand eROSITA et son instrument partenaire russe ART-XC. Crédits : Centre aérospatial allemand

Un risque technique

Les responsables allemands ont quant à eux déclaré que le redémarrage de l’instrument scientifique sans leur coopération pourrait endommager le télescope. Le superviseur scientifique russe du projet Spektr-RG, Rashid Sunyaev, est du même avis. « C’est un appareil merveilleux, de classe mondiale, qui a déjà fourni beaucoup de données« , a-t-il déclaré. « Nous rêvons tous de le voir retourner au travail. Néanmoins, c’est un dispositif étonnamment complexe, et si nous décidons d’ignorer les accords avec des partenaires et de le tourner contre nous-mêmes, cela peut tout simplement le ruiner« .

Lev Zeleny, directeur scientifique de l’Institut de recherche spatiale de l’Académie des sciences de Russie, s’est également prononcé contre la décision de réactiver eROSITA pour des raisons à la fois politiques et techniques. Il craint également que des revues extérieures n’acceptent plus de publier les résultats scientifiques à venir.