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Rosalind Franklin (1920-1958) : découvreuse de la structure en double hélice de l’ADN

Crédits : Royal Society of Chemistry

La découverte de la structure en double hélice de l’ADN appartient à un trio de chercheurs britanniques depuis plus de 65 ans. Néanmoins, la physico-chimiste Rosalind Franklin est bien la première à avoir mis en lumière cette même structure. Trompée, la brillante chercheuse a malheureusement rejoint le panthéon des femmes oubliées de la Science. Celle-ci n’a en effet pas reçu le prix Nobel, comme ce fut le cas pour ses pairs masculins.

Comprendre le rôle de l’ADN dans l’origine du vivant

Rosalind Elsie Franklin voit le jour le 25 juillet 1920 à Londres, dans le quartier de Notting Hill. Issue d’une famille juive britannique aisée et influente, l’intéressée se passionne pour les sciences dès son enfance. Son père Arthur Ellis Franklin est un important marchand de la capitale britannique. Fille aînée d’une fratrie de cinq enfants, Rosalind Franklin semble avoir vécu une enfance et une adolescence paisibles. À l’âge de 25 ans, elle obtient un doctorat en physique-chimie à l’Université de Cambridge en étudiant la porosité des structures de carbone. Deux années plus tard, elle rejoint le Laboratoire central des services chimiques de l’État à Paris. Rosalind Franklin se spécialise ainsi dans la cristallographie aux rayons X, qu’elle applique au charbon. Il s’agit d’une méthode permettant d’étudier les cristaux au niveau atomique.

En 1950, la chercheuse retourne au Royaume-Uni après avoir accepté un poste au King’s College London. Dès lors, son superviseur John Randall lui demande d’exercer sa méthode sur la molécule d’acide désoxyribonucléique (ADN). Quelques années plus tôt, d’autres chercheurs avaient prouvé qu’au sein des chromosomes, la molécule d’ADN incarnait le support de l’hérédité et non les protéines comme la Science le pensait. Au moment où Rosalind Franklin débute ses recherches, d’autres scientifiques étudient également l’ADN. L’objectif ? Comprendre comment une telle substance pouvait être à l’origine de la vie.

Une découverte silencieuse

Dans le laboratoire de Rosalind Franklin travaille un certain Maurice Wilkin, futur colauréat du prix Nobel en 1962. Ce chercheur est le premier à formuler l’idée d’utiliser cristallographie aux rayons X sur l’ADN. Pour des raisons encore assez débattues aujourd’hui, les deux scientifiques s’entendent très mal. Leurs personnalités semblent incompatibles : lui est discret et évite les confrontations directes, et elle apprécie grandement les débats et les autres échanges d’idées. Malgré ces problèmes relationnels, Rosalind Franklin poursuit ses recherches et effectue de nombreux clichés de l’ADN en compagnie de Raymond Gosling, son élève doctorant. Le cliché numéro 51 (voir ci-après) retient rapidement son attention. Néanmoins, elle se trouve devant une forme particulière de l’ADN : l’ADN A. Or, la forme B est majoritaire dans la nature et rien ne prouve que les deux formes ont le même type de structure. Prudente, la chercheuse ne souhaite rien publier pour l’instant et poursuit ses travaux sur la question.

cliché 51 ADN
Le fameux cliché 51 que Rosalind Franklin avait mis de côté, souhaitant poursuivre davantage ses recherches.
Crédits : Nature, 1953.

En parallèle, les chercheurs James Watson et Francis Crick l’Université de Cambridge travaillent également sur l’ADN. Particulièrement ambitieux, ceux-ci désirent être les premiers à publier la structure de l’ADN. En revanche, ils manquent clairement de données expérimentales. À l’inverse de Rosalind Franklin et Maurice Wilkin, ils ne font aucune expérience, préférant se baser sur celles des autres. Ils passent leur temps à passer en revue la littérature scientifique afin de monter leurs maquettes géantes de l’ADN, faites de tiges et de boules en plastiques.

Une des pires trahisons du monde de la Science

Un jour, James Watson et Francis Crick découvrent le fameux cliché 51 alors que Rosalind Franklin n’a absolument rien publié. En réalité, le cliché a été dévoilé par Maurice Wilkins sans l’accord de sa collègue. Si les trois hommes sont concurrents dans le domaine professionnel, il n’en restent pas moins des amis. Personne ne sait réellement si Maurice Wilkins a eu conscience ou non de trahir Rosalind Franklin. Cependant, le résultat est le même. À la vue du cliché, James Watson et Francis Crick comprennent très vite son grand intérêt. Il s’agit de la toute première preuve formelle que l’ADN a une structure bi-hélicoïdale !

Rosalind Franklin ADN
Trahie et exclue des honneurs, Rosalind Franklin n’a pas connu une fin heureuse.
Crédits : MRC Laboratory of Molecular Biology / Wikipedia

La suite est forcément très injuste pour Rosalind Franklin. En 1953, James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins publient ensemble un article retentissant dans la revue Nature, présentant donc la structure tridimensionnelle de l’ADN pour la première fois. Rosalind Franklin n’apparaît pas parmi les auteurs de la publication mais seulement dans les remerciements. De plus, le trio est allé jusqu’à oser minimiser l’importance du cliché 51, alors que celui-ci a évidemment servi de base à l’élaboration du modèle présenté dans l’article.

Après cette affaire, la brillante chercheuse tente de rebondir. La même année, elle intègre le Birkbeck College de Londres. Ses travaux permettent la découverte de la structure du virus de la mosaïque du tabac, un sujet initialement étudié par James Watson. Rosalind Franklin contracte un cancer des ovaires en 1956, et décède un an plus tard à l’âge de seulement 37 ans. En 1962, James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins obtiennent logiquement le prix Nobel de physiologie-médecine.

Hommages et distinctions

Véritable martyre de la Science, Rosalind Franklin fait alors partie de la liste de femmes évincées des plus grands honneurs. En effet, le Prix Nobel n’est jamais décerné à titre posthume et seules trois personnes au maximum peuvent y prétendre pour chaque recherche. Si la lumière est aujourd’hui en majorité faite sur son histoire, la chercheuse est depuis peu progressivement reconnue à la hauteur de son mérite. Si l’intéressée n’a pas reçu la distinction suprême, divers acteurs du monde scientifique et des médias l’ont justement récompensée et lui ont rendu hommage.

En 2003, la Royal Society crée un prix Rosalind-Franklin, récompensant chaque année une femme scientifique dans les domaines des sciences, technologies, ingénieries et mathématiques (STEM). En 2008 à titre posthume donc, Rosalind Franklin reçoit le prix Louisa-Gross-Horwitz, récompensant les contributions remarquables à la recherche fondamentale dans les domaines de la biologie et de la biochimie. Enfin, le magasine étasunien TIME lui a rendu un bel hommage en mars 2020 (voir ci-après) en l’incluant dans les 100 femmes ayant marqué les 100 dernières années.

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Crédits : TIME Magazine