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Pour déplacer les rhinocéros, l’hélicoptère est la meilleure option

Crédits : Université Cornell

Sauver les rhinocéros de l’extinction nécessite parfois de les déplacer en lieu sûr. Pour ce faire, la Namibie mise sur le transport en hélicoptère. La technique n’est évidemment pas sans danger pour l’animal, mais une étude vient de confirmer que cela reste la meilleure option.

Sauver les rhinos par les pieds

En Namibie, qui abrite environ un tiers des 5 500 derniers rhinocéros noirs du monde, il arrive parfois que les animaux doivent être déplacés. Cela permet d’encourager la diversité génétique ou de les placer dans parcs nationaux où ils pourront être protégés des braconniers. Certains peuvent également se retrouver dans l’une des conservancies du pays. Dans ces réserves, les habitants s’engagent à y protéger la nature en échange de retombées économiques liées au tourisme.

Déplacer un rhinocéros n’est toutefois pas une mince affaire. En effet, ces animaux sont énormes et la Namibie est un pays très accidenté, affichant plusieurs environnements extrêmes et difficiles d’accès. Et même si certains véhicules pouvaient atteindre ces rhinocéros, une promenade de plusieurs heures dans un tel paysage pourrait être traumatisante.

C’est la raison pour laquelle de plus en plus de ces animaux ont été déplacés par hélicoptère au cours de ces dernières années. Les opérations se déroulent ainsi : une première fléchette leur injecte un puissant analgésique (étorphine et azapérone). En quelques minutes, les vétérinaires effectuent des prélèvements pour estimer l’état de santé du sujet, puis ils lui injectent une dose de morphine pour l’endormir profondément. Tout se passe ensuite très vite.

L’animal est ligoté par les pattes avant d’être soulevé par hélicoptère pour être transporté en une demi-heure dans son nouveau chez lui. Pendant le trajet, les animaux ont un bandeau sur les yeux et des bouchons d’oreilles de manière à limiter les stimuli. Mais est-ce pour autant sans danger pour les rhinocéros ?

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Crédits : Université Cornell

Une meilleure oxygénation

Pour le savoir, une équipe du Cornell Conservation Medicine Program s’est rendue au parc national de Waterburg en 2015. “Il y a un risque à chaque fois que vous déplacez un rhinocéros“, explique Robin Radcliffe, directeur du programme et spécialiste en médecine zoologique. “Et nous savons que lorsque l’anesthésie est impliquée, le positionnement est très important, que vous soyez un chien, une personne ou un rhinocéros“.

Au départ, Radcliffe et son équipe ont émis l’hypothèse que le fait de se retrouver à l’envers comprimerait la poitrine et les poumons de l’animal, exacerbant les effets des médicaments. À l’inverse, ils pensaient que le transport de l’animal sur civière, couché sur le flanc, serait moins dangereux pour les animaux malgré les manœuvres difficiles pour l’équipe de relocalisation.

Pour tester son hypothèse, l’équipe a travaillé avec une douzaine de rhinocéros sous sédation. Dans un ordre aléatoire, chacun d’entre eux a été placé sur le côté puis suspendu à une grue pendant dix minutes. Pendant ce temps, des vétérinaires ont recueilli des données sur les fonctions cardiovasculaire et respiratoire des animaux dans chaque position.

Leurs travaux, récemment publiés, ont au final été surprenants. “Les effets physiologiques étaient à peu près les mêmes“, explique Radcliffe. “Dans les deux positions, les animaux ont développé une hypoxie, un manque d’oxygène atteignant les tissus. En revanche, les niveaux d’oxygène et les mesures de ventilation étaient plus élevés lorsque les animaux étaient à l’envers“.

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Crédits : RonPorter/pixabay

Une option essentielle

Radcliffe et ses collègues soupçonnent que la taille et la stature des rhinocéros pourraient être à l’origine de ce phénomène. Contrairement à un mammifère plus petit et plus “mou”, le corps très rigide d’un rhinocéros permet de maintenir son intégrité même dans cette position. Une telle manœuvre pourrait également permettre le dégagement de la cage thoracique, favorisant ainsi la ventilation et l’oxygénation de leur organisme.

Pour les équipes de conservation en Namibie, cette étude apporte une plus grande tranquillité d’esprit. Être en mesure de transporter en toute sécurité et avec succès des rhinocéros par hélicoptère reste donc un outil précieux favorisant la conservation de cette espèce emblématique, dont les effectifs ont été décimés lors de la seconde moitié du siècle dernier. Au cours des deux dernières décennies, l’espèce a en effet légèrement rebondi, mais elle reste en danger critique d’extinction.