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Retour sur la catastrophe de Byford Dolphin et les horribles morts de quatre plongeurs

Byford Dolphin plongeurs à saturation
Crédits : Affaires/istock

En 1983, quatre plongeurs à saturation et un membre d’équipage ont été tués dans un horrible accident à bord d’une plateforme pétrolière : le Byford Dolphin. Retour sur cette incroyable tragédie.

Comment éviter la décompression

Plus un plongeur s’enfonce dans les profondeurs, plus le poids de l’eau qui l’entoure exerce une pression sur chaque cellule de son corps ainsi que sur les molécules d’azote gazeux absorbées par les poumons. Ce processus entraîne alors la dissolution de cet azote dans la circulation sanguine.

Si un plongeur remonte trop rapidement, passant d’un environnement de haute pression à un environnement de basse pression (en surface), les molécules d’azote qui s’étaient dissoutes sous la pression se dilatent alors très rapidement et reviennent à l’état gazeux. Imaginez secouer une bouteille de soda puis ouvrir le bouchon : les gaz contenus sous pression forment instantanément des bulles et se dilatent. C’est un peu la même chose ici.

En conséquence, des bulles d’azote se forment dans la circulation sanguine, ce qui empêche la circulation du sang, y compris vers le cœur. On risque alors un accident de décompression qui peut être potentiellement mortel.

Pour éviter tout problème, la meilleure stratégie consiste à remonter lentement à la surface en prenant des pauses fréquentes, l’idée étant de laisser le temps au corps d’évacuer l’azote.

Les plongeurs à saturation

Plus vous plongez profondément et plus vous restez longtemps sous l’eau, plus l’azote se dissout dans votre circulation sanguine. Finalement, le corps d’un plongeur devient « saturé » d’azote dissous, ce qui a donné leur nom aux plongeurs à saturation.

Ces plongeurs sont essentiellement des professionnels qui travaillent en profondeur pendant de longues périodes, parfois jusqu’à plusieurs semaines. Ils peuvent être appelés pour effectuer diverses tâches, comme de la recherche scientifique sous-marine, de la récupération d’objets ou de personnes submergées, ainsi que des activités militaires. Ils sont également essentiels pour la maintenance d’infrastructures sous-marines, notamment sur les plateformes pétrolières offshore.

En outre, les plongeurs à saturation travaillent à des profondeurs allant jusqu’à trois cents mètres en moyenne. S’ils utilisaient la même technique que les plongeurs « classiques » pour décompresser en toute sécurité, il leur faudrait alors plusieurs jours pour atteindre la surface, le temps de prendre suffisamment de pauses.

Contrairement aux plongées récréatives, où les concernés descendent et remontent rapidement à la surface, ces personnes évoluent donc dans des habitats sous-marins pressurisés appelés caissons hyperbares, où ils respirent un mélange gazeux adapté à la profondeur à laquelle ils travaillent. Les plongeurs y sont transportés dans des cloches de plongée sous pression. Pour la remontée en surface, les plongeurs intègrent ces mêmes cloches.

Naturellement, ces manœuvres peuvent être dangereuses. En 1983, quatre plongeurs à saturation et un autre membre d’équipage en ont d’ailleurs fait les frais.

plongée plongeur
Crédits : iStock

L’accident de Byford Dolphin

Il faut tout un équipage pour faire fonctionner une opération de plongée à saturation. Des techniciens s’assurent de surveiller le mélange d’air dans la chambre hyperbare au sein de laquelle se reposent, mangent et dorment les plongeurs une fois sous l’eau. Une autre équipe est chargée de faire fonctionner la cloche de plongée et de surveiller les plongeurs pendant qu’ils travaillent. Enfin, d’autres travailleurs, appelés « tenders », aident à dérouler et à rétracter l’épaisse ligne de tubes d’alimentation en air et de fils de communication qui relie les plongeurs à la surface.

Naturellement, la vie de tous les plongeurs à saturation dépend essentiellement de toutes ces personnes, et le moindre faux pas peut être fatal. Parfois, il suffit d’une erreur de conception, comme ce fut le cas ici.

Le Byford Dolphin est une ancienne plateforme pétrolière semi-submersible ayant opéré en mer du Nord. La structure était équipée de deux chambres d’habitation pressurisées, chacune contenant deux plongeurs.

Le 5 novembre 1983, deux opérateurs nommés William Crammond et Martin Saunders étaient chargés de connecter la cloche de plongée aux chambres d’habitation pour déposer deux plongeurs dans la première chambre, tandis que deux autres plongeurs se reposaient déjà dans la seconde.

Dans des circonstances normales, la cloche de plongée ne se serait pas détachée des chambres d’habitation tant que leurs portes n’auraient pas été scellées en toute sécurité. C’est malheureusement ce qui s’est produit ici. L’incident créa alors ce qu’on appelle une décompression explosive.

Trois hommes « bouillis » de l’intérieur

Très vite, la pression atmosphérique à l’intérieur des chambres d’habitation est passée de neuf atmosphères à une atmosphère (pression atmosphérique normale en surface). La poussée explosive d’air hors de la première chambre a fait voler la lourde cloche de plongée, tuant instantanément William Crammond et blessant gravement son compagnon Martin Saunders.

Selon les rapports d’autopsie, trois des hommes à l’intérieur des chambres (Edwin Arthur Coward, Roy P. Lucas et Bjørn Giæver Bergersen) auraient « bouillis » de l’intérieur lorsque l’azote de leur sang a violemment éclaté en bulles de gaz. Quant au quatrième plongeur, Truls Hellevik, qui se tenait devant la porte partiellement ouverte de la chambre d’habitation lorsque la pression a été relâchée, son corps aurait été aspiré par une ouverture si étroite qu’il aurait été « déchiré » en morceaux. Tous seraient morts quasi instantanément.

L’explosion se serait produite en raison d’une erreur de conception sur un bouchon de sécurité. Celui-ci aurait cédé sous la pression, provoquant une fuite de gaz dans la cloche de plongée.

L’accident de Byford Dolphin est aujourd’hui considéré comme l’une des pires catastrophes pétrolières de l’histoire. Il aura également servi de leçon, conduisant à une réévaluation de la conception et des procédures de sécurité pour les plateformes de forage sous-marin. Les réglementations ont également été renforcées et les équipements de sécurité ont été améliorés.

Malheureusement, il aura fallu des décennies au gouvernement norvégien, qui exploitait le Byford Dolphin à l’époque, pour assumer la responsabilité de l’accident. Les familles des cinq hommes tués n’ont en effet été dédommagées qu’en 2009.