Retirer les rats des îles, un geste écologique ?

rat plage
Crédits : ValeriMak / iStock

Au fil des siècles et des voyages d’exploration, les rats ont envahi de nombreuses îles et contribué au déclin de leurs écosystèmes. Depuis quelques années, un effort pour éradiquer cette espèce invasive des îles est mené et les premiers résultats semblent positifs.

Pourquoi retirer les rats des îles ?

Pour rappel, les espèces invasives sont des espèces vivantes (animales ou végétales) introduites hors de leur habitat naturel et dont la prolifération engendre d’importants dégâts dans le milieu dans lequel elles s’installent. En France, le terme espèces exotiques envahissantes (EEE) est très utilisé.

Aux États-Unis, l’ONG Island Conservation est spécialisée dans l’éradication des espèces invasives des îles. Cette organisation évoque notamment souvent l’archipel des Galápagos (Équateur). En décembre 2022, une publication évoquait par exemple le fait que sur ces îles, le gecko (un petit reptile) avait été aperçu alors que tout le monde croyait à sa disparition. Fait important : cet événement a été le résultat de la disparition des rats sur l’archipel.

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Un gecko. Crédits : David Stanley / Flickr

Des interactions complexes

Outre le retour de la biodiversité, le fait de retirer les rats des îles pourrait avoir des effets plus prononcés. Pour certains observateurs, cela pourrait en réalité avoir des impacts indirects sur la lutte contre le changement climatique. Retirer les rats pourrait en effet aider l’écosystème (l’île et son récif de corail) à résister aux tempêtes et à la hausse du niveau des eaux.

Un récif de corail en meilleure santé représente effectivement une barrière plus efficace. Cela permet ainsi de protéger davantage l’île de l’érosion. Or, les rats ont un lien avec les récifs, notamment en raison des oiseaux qui y pondent leurs œufs, mais aussi de la présence de macroalgues. En dévorant les œufs, les rats ont en effet fortement réduit les populations d’oiseaux. Du côté des algues, le lien est moins évident et a été découvert plus tard. Selon une étude publiée dans la revue Global Change Biology en 2019, une île sans rats abrite davantage de poissons herbivores qui se nourrissent des macroalgues, ces dernières étant en compétition avec le corail pour les nutriments. Ainsi, la présence de ces poissons herbivores a pour effet de limiter le blanchiment des récifs.

Enfin, rappelons tout de même que les interactions entre les rats et les composantes des écosystèmes sont très complexes. Sans surprise, retirer les rats des îles ne permettra pas de rétablir rapidement les écosystèmes. En début d’année 2023, l’île de Irooj de l’archipel des Marshall a été décrétée sans rats. Toutefois, un spécialiste avait annoncé que l’écosystème local aura besoin d’une quinzaine d’années pour se rétablir de manière partielle.