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Restaurer les populations de baleines profiterait grandement au climat

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Crédits : Wikimedia Commons.

En favorisant la capture de dioxyde de carbone par les océans, les baleines pourraient constituer un atout de taille dans la lutte contre le réchauffement climatique. La méthode consisterait à rétablir leur population, grandement diminuée par la chasse industrielle. En somme, il s’agirait de restaurer l’écosystème tout en préservant le climat. L’étude en question a été publiée dans la revue Trends in Ecology & Evolution ce 15 décembre.

Pour combattre le changement climatique, l’une des méthodes à notre disposition vise à augmenter la quantité de carbone absorbée par les écosystèmes terrestres et océaniques.

Séquestration naturelle du carbone : une approche holistique

Les projets conventionnels tels que la reforestation ou la restauration des zones humides ont toutefois montré leurs limites. Par exemple, bien que la reforestation permette de stocker plus de CO2, elle contribue souvent à réchauffer le climat, car l’albédo (le pouvoir réfléchissant) des feuilles est habituellement plus faible que celui du sol qu’elles viennent surplomber.

De fait, si elles peuvent être utiles, d’autres méthodes doivent nécessairement les compléter. À ce titre, les regards se tournent désormais vers le rôle systémique des mammifères. Dans une nouvelle étude, des chercheurs ont ainsi proposé de s’appuyer sur les plus grands d’entre eux, les baleines à fanons et les cachalots, afin d’augmenter la capture de carbone par l’océan.

« Comprendre le rôle des baleines dans le cycle du carbone est un domaine dynamique émergent qui peut bénéficier à la fois aux stratégies de conservation marine et au climat », rapportent les scientifiques dans leur papier. « Cela nécessitera une collaboration interdisciplinaire entre les écologistes, les océanographes, les biogéochimistes, les modélisateurs du cycle du carbone et les économistes ».

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Impacts directs et indirects des baleines à fanons (droite) et des cachalots (gauche) sur le cycle du carbone et des nutriments. Crédits : Heidi C. Pearson & coll. 2022.

Les influences multiples des baleines sur le cycle du carbone

Ce choix n’est pas anodin. En effet, une seule baleine peut peser jusqu’à 150 tonnes, ce qui représente une quantité de carbone organique particulièrement élevée. À elle seule, la biomasse des baleines représente 22 % du stockage de carbone organique par l’océan pélagique, c’est-à-dire à distance des côtes. Outre leur importante capacité de stockage, les baleines produisent des excréments riches en nutriments qui fertilisent la couche supérieure de l’océan et favorisent la croissance du plancton. Cette fertilisation naturelle stimule grandement la capture de carbone par la pompe biologique.

« Étant donné que les baleines à fanons ont certaines des migrations les plus longues de la planète, elles influencent potentiellement la dynamique des nutriments et le cycle du carbone à l’échelle des bassins océaniques », relatent les chercheurs. Enfin, la chute des carcasses des grandes baleines lors de leur mort transfère d’importantes quantités de carbone vers l’océan profond, ce qui le préservera de tout contact avec l’atmosphère pour des centaines, voire des milliers d’années.

Toutefois, la chasse à la baleine a malheureusement décimé plus de 80 % de leur population. Aussi, en agissant de façon à la restaurer, il y aurait matière à faire d’une pierre deux coups : préserver la biodiversité tout en luttant contre le changement climatique. Des interventions fortes et une gestion scrupuleuse seront donc nécessaires pour favoriser le rebond de la population de baleines. Les auteurs soulignent également le besoin de réaliser davantage de recherches afin de réduire les incertitudes associées à l’ampleur du stockage qui résulterait d’une telle action. Il est actuellement estimé à 1,3 milliard de tonnes de CO2 par an.

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".