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Les réservoirs mondiaux d’eau douce souterraine s’épuisent

Crédits : UC Irvine/NASA/JPL-Caltech

Plusieurs études américaines ont récemment été rendues publiques, s’inquiétant des bas niveaux des plus grands réservoirs d’eau souterraine du monde. Près d’une quarantaine de réservoirs ont été analysés et près d’un tiers d’entre eux ont atteint un seuil critique.

Une ressource précieuse et mal répartie

L’eau est la ressource terrestre la plus précieuse puisque vitale pour l’homme. Elle est également mal répartie entre les états, en fonction de leur localisation et des caractéristiques physiques concernant leur territoire. Des tensions existent déjà, mais selon certains scientifiques, les pénuries d’eau tiendront une place prépondérante dans le futur, alimentant des crises politiques et socio-économiques sur fond de croissance démographique.

L’eau douce représente 35 millions de km3, soit 2,5 % du volume total de l’eau présente sur Terre (1.338 milliards de km3). La majeure partie de cette eau se trouve sous forme solide (glaciers, permafrost), l’eau douce disponible à l’état liquide représente quant à elle 94.000 km3 soit 0,001 % du volume total. Cependant, 22 % de cette eau douce sous forme liquide se trouve dans les sous-sols.

Des réservoirs qui s’épuisent

« Étant donné la rapidité avec laquelle nous consommons les réserves mondiales d’eau souterraine, nous avons besoin d’un effort global coordonné pour déterminer combien il en reste », estime Jay Famiglietti, enseignant à l’université de Californie.

Une équipe de scientifiques internationaux réunis par l’Université de Californie a analysé les données issues des satellites jumeaux GRACE (Gravity Recovery and Climate Experiment), capable d’évaluer la distribution des masses d’eau par leurs effets sur la gravité terrestre. La première étude baptisée « Quantifying Renewable Groundwater Stress with GRACE » a été publiée dans la revue Water Resources Research ce 16 juin 2015.

Les résultats font état d’une situation inquiétante : sur 37 grands réservoirs d’eau, 21 sont en voie d’épuisement tandis que 13 d’entre eux ont atteint un seuil critique, soit un tiers des plus grands réservoirs. Sur ces 13 réservoirs qui s’épuisent bien plus vite qu’ils ne se régénèrent, 8 ont été déclarés en situation de stress majeur. Ces derniers sont assujettis à une surconsommation couplée à un manque de compensation par un apport issu des précipitations et des cours d’eau pour ceux se situant en zone très sèche.

Un communiqué de la NASA du 16 juin 2015 identifie sur une carte les plus grands réservoirs d’eau mondiaux et les classe par ordre de gravité.

UC Irvine/NASA/JPL-Caltech
Crédits : UC Irvine/NASA/JPL-Caltech

Un facteur aggravant : la sécheresse

« Que se passe-t-il quand un aquifère très stressé est situé dans une région avec des tensions socio-économiques ou politiques qui ne peuvent pas compenser assez vite les baisses de l’approvisionnement en eau? Nous essayons de hisser les drapeaux rouges maintenant pour préciser où une gestion active aujourd’hui pourrait protéger des vies et des moyens de subsistance dans le futur », explique Alexandra Richey, ayant dirigé les deux études californiennes se basant sur la période 2003-2013.

Le plus alarmant des réservoirs est le bassin d’eau souterraine d’Arabie dont dépendent près de 60 millions de personnes. Ensuite vient le bassin du fleuve Indus (nord-ouest de l’Inde et du Pakistan), puis celui de Murzuq-Djado en Afrique du Nord (Libye).

Comme l’indique le Los Angeles Times du 17 juin 2015, les réserves d’eau souterraine de Californie sont surexploitées par la consommation humaine dont une part concerne les usages domestiques alors que l’irrigation de masse est l’acteur principal de cette surexploitation. Cette tension hydrique décuple lors des sécheresses présentes durant plusieurs mois, et ce depuis quelques années.

Un manque de certitudes criant

« Dans une société où l’eau se raréfie, nous ne pouvons pas tolérer plus longtemps ce niveau d’incertitude, surtout depuis que les eaux souterraines sont en train de disparaître si rapidement » s’indigne alors Alexandra Richey concernant la seconde étude.

Il semble que le volume d’eau douce disponible dans les réservoirs est incertain, car les projections quant à leur inexorable baisse sont difficiles à élaborer. La faute à des écarts trop importants entre les données disponibles par le biais des satellites jumeaux GRACE et les autres données que les scientifiques ont en leur possession, qui datent parfois de plusieurs dizaines d’années.

À titre d’exemple, la disparition totale de l’eau dans les sous-sols du Sahara est estimée à 10 ans pour le scénario catastrophe et 21.000 ans, pour une projection plus optimiste.

Sources : NASALos Angeles TimesFutura Sciences

– Illustration principale : La sphère bleue représente la quantité totale d’eau présente sur terre. Le point bleu est la part d’eau douce disponible / Jack Cook, Woods Hole Oceanographic Institution. 2009.