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Les requins-tigres migrent plus au nord en raison du changement climatique

Un requin-tigre aux Bahamas. Crédits : Albert Kok

Il devient de plus en plus essentiel d’appréhender la réponse des espèces au changement climatique. Cela est particulièrement important dans le cas des prédateurs au sommet. Des changements dans leur distribution pourraient en effet avoir un impact sur les interactions prédateur-proie capables de déclencher des cascades trophiques. Dans le cadre d’une étude, des chercheurs se sont intéressés au cas des requins-tigres.

La réponse des requins-tigres au changement climatique

Le changement climatique est désormais reconnu comme une urgence environnementale menaçant les écosystèmes à l’échelle mondiale. Dans les océans, bon nombre des habitats confrontés aux taux les plus élevés de changement climatique sont des points chauds de biodiversité. Parmi les réponses des espèces à ces phénomènes climatiques figurent des changements ou des expansions de leur aire de répartition vers les pôles, tandis que les migrations saisonnières ont tendance à se produire plus tôt dans l’année.

Dans le cadre d’une nouvelle étude, des chercheurs se sont intéressés au cas du requin-tigre, un prédateur au sommet réparti dans le monde entier. En tant qu’ectothermes, la température est un moteur abiotique clé de l’utilisation de l’habitat de ces poissons. Ils ont également une mobilité élevée, une tolérance thermique étroite, un risque négligeable de prédation et un régime alimentaire très généraliste. Comprendre les effets du climat sur l’écologie des mouvements de ces requins a donc été identifié comme une priorité par les chercheurs.

Dans l’ouest de l’Atlantique Nord, les requins-tigres sont répartis sur les côtes du Massachusetts au sud de la Floride et aux Bahamas. Les migrations saisonnières y sont principalement liées à la température, passant par le Gulf Stream entre un domaine vital centré aux Bahamas durant la saison froide (novembre à avril) à un domaine vital plus au nord dans les eaux du centre de l’Atlantique et le sud de la Nouvelle-Angleterre durant la saison chaude, de mai à octobre. Toutefois, ces comportements sont en train d’évoluer.

Les eaux au large de la côte nord-est des États-Unis sont en effet parmi celles qui se réchauffent le plus rapidement au monde. Et de nouvelles recherches publiées dans Global Change Biology montrent que ce réchauffement extrême modifie les schémas migratoires du requin-tigre.

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Un requin-tigre. Crédits : Wikipédia

Les requins-tigres de plus en plus au nord

Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont capturé 47 requins-tigres au large du sud-est et du sud-ouest de la Floride et du nord des Bahamas pour les équiper de balises GPS, dans le but de suivre leurs mouvements de 2010 à 2019. L’équipe a également combiné ces données de suivi avec celles détaillant les heures et les lieux de capture de 8 764 requins-tigres marqués par des scientifiques et autres pêcheurs entre 1980 et 2018.

Ces ensembles de données combinés ont permis de dresser une carte sur plusieurs décennies précisant la répartition de ces poissons dans la région. L’équipe s’est également appuyée sur les mesures satellitaires des températures de surface de la mer, de la présence de phytoplancton et de la profondeur de l’océan proposées par la NOAA dans le but d’évaluer la l’influence relative de ces facteurs environnementaux.

Ces analyses ont révélé que les « bords nord » de la plage de température de l’eau préférée des requins-tigres (entre 25°C et 27°C) s’étaient déplacés d’environ 300 km vers les pôles pendant la saison froide et d’environ 400 km vers les pôles pendant la saison chaude au cours des quarante dernières années. Les données de capture ont également révélé que les requins-tigres se déplaçaient plus tôt dans l’année. En effet, la date moyenne de capture dans les années 1980 se situait du début à la mi-août, tandis oscillait autour de mi-juillet dans les années 2010.

D’après les données de suivi par satellite, les requins-tigres erraient également plus au nord plus tôt dans l’année au cours des années les plus chaudes. Enfin, une analyse statistique supplémentaire suggère que la température de l’eau reste le facteur principal entraînant ces changements de mobilité, plutôt que la productivité ou la profondeur de l’océan.

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Un requin-tigre à l’échelle humaine. Crédits : Kurzon

Des conséquences possiblement désastreuses

Les requins-tigres étant des prédateurs Apex contrôlant et régulant leurs écosystèmes d’origine, les chercheurs ignorent précisément quels impacts ces poissons auront sur les écosystèmes dans lesquels ils se déplacent.

Leurs mouvements en réponse au changement climatique pourraient également les amener à un conflit accru avec une espèce exceptionnellement dangereuse : les humains. À mesure qu’ils se déplacent plus au nord, ces poissons passent en effet de plus en plus de temps en dehors des eaux profitant d’une certaine forme de protection contre la pêche commerciale. Si leurs populations sont aujourd’hui relativement stables, la situation pourrait donc bientôt évoluer de ce côté-là également.