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Rencontrez cette abeille à moitié mâle, à moitié femelle (littéralement)

Crédits : Chelsey Ritner / Utah State University

Une équipe de chercheurs détaille la découverte inédite d’un cas de gynandromorphe chez une abeille encore vivante. 

Un corps coupé en deux

Au printemps 2018, Erin Krichilsky, biologiste au Smithsonian Tropical Research Institute (STRI) au Panama, est tombée sur une étrange abeille. Alors que le côté droit de son visage arborait une mâchoire robuste, garnie de minuscules dents – des caractéristiques que l’on trouve normalement chez les femelles – la moitié gauche de son visage présentait les traits délicats et vaporeux que l’on observe habituellement chez les mâles.

Une rapide analyse du reste du corps de l’insecte a ensuite confirmé ce premier constat : l’abeille, comme coupée en deux, présentait une moitié femelle, et une moitié mâle. La chercheuse prit alors conscience qu’elle était tombée sur un exemple extrêmement rare d’insecte gynandromorphe. Le premier jamais identifié chez l’espèce Megalopta amoena, retrouvée en Amérique centrale et du Sud.

Une condition rare

Le gynandromorphisme est un phénomène connu. Des cas ont en effet été répertoriés chez au moins 140 espèces d’abeilles, mais aussi chez des papillons, des oiseaux et des crustacés (mais pratiquement inconnus chez les mammifères). Ce phénomène étant en revanche relativement rare, il est encore assez mal compris. Une étude publiée en 2018, dirigée par Benjamin Oldroyd, de l’Université de Sydney, a néanmoins permis de jeter un premier regard sur le développement de cette condition chez les abeilles.

Chez l’Homme, le sexe biologique est déterminé par deux chromosomes sexuels : deux X donne une fille, tandis qu’un X associé à un Y donne un garçon.

La détermination du sexe chez les hyménoptères – l’ordre des insectes qui comprend les abeilles, les fourmis et les papillons – est en revanche différente. De manière très grossière, tous les oeufs fécondés, qui transportent du matériel génétique d’une mère et d’un père, éclosent en abeilles femelles. Les oeufs non fécondés, cependant, peuvent toujours donner des descendants : des mâles qui ne portent qu’un seul ensemble de chromosomes de leur mère. Le sexe, en d’autres termes, est déterminé par la quantité d’informations génétiques dans les cellules d’une abeille.

Mais, comme l’a révélé la recherche de 2018, si le sperme d’un deuxième individu pénètre dans un ovule déjà fécondé – un embryon femelle – celui-ci peut alors se diviser pour produire du tissu masculin, ce qui entraîne un cas de gynandromorphisme.

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L’abeille à moitié femelle (côté droit du corps) et à moitié mâle (côté gauche du corps). Crédits : Chelsey Ritner / Université d’État de l’Utah

Un spécimen encore vivant

Ceci étant dit, de manière générale, les cas gynandromorphisme ne sont étudiés qu’après la mort des spécimens. L’autre “coup de chance” de cette nouvelle découverte est que cette abeille a pu être repérée tandis qu’elle était encore vivante. Son étude pourrait alors aider les chercheurs à en apprendre davantage sur ces insectes fascinants.

Erin Krichilsky et son équipe, au moment de la découverte, menaient des recherches sur les rythmes circadiens – qui synchronisent le comportement et les interactions d’une espèce avec l’environnement extérieur – des abeilles Megalopta amoena. Ils ont ainsi décidé de voir si et comment les rythmes différaient chez ce spécimen gynandromorphe.

Ces travaux, publiés dans le Journal of Hymenoptera Research, ont révélé que cette abeille avait tendance à se réveiller un peu plus tôt que les abeilles mâles et femelles et que, durant la journée, elle avait davantage tendance à se comporter comme une femelle. Cela ne nous dit pas grand chose, ni même si ces comportements sont directement liés au gynandromorphisme de l’insecte. Mais c’est au moins un point de départ, en attendant d’autres découvertes.

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