Une étude réécrit l’histoire des premiers humains modernes en Europe

homo sapiens neandertaliens
Crédits : Courtesey E. Daynes

On a longtemps pensé que les humains modernes s’étaient aventurés pour la première fois en Europe il y a environ 42 000 ans. Cependant, des outils analysés bouleversent cette idée. En réalité, il semblerait que nos ancêtres aient migré pour la première fois sur le Vieux Continent en trois vagues, il y a entre 54 000, 45 000 et 42 000 ans. Les détails de ces travaux sont publiés dans la revue PLOS One.

Quand Homo Sapiens est-il arrivé en Europe ?

Jusqu’à présent, il était établi que les premiers humains anatomiquement modernes étaient associés à la culture aurignacienne, une culture archéologique préhistorique européenne datant de l’époque du Paléolithique supérieur. Cette croyance était basée sur la découverte de plusieurs dents vieilles d’environ 42 000 ans déterrées en Italie et en Bulgarie. Ces humains modernes seraient venus d’Afrique par le Moyen-Orient avant de migrer progressivement vers l’ouest et le nord de l’Europe.

Ces anciens groupes étaient probablement des Protoaurignaciens, les premiers membres des Aurignaciens, la première culture de chasseurs-cueilleurs connue en Europe. Au fil du temps, ces humains auraient ensuite continué à progresser et à se diversifier, donnant lieu à de nouvelles cultures. Cependant, l’histoire est en train d’évoluer.

Il y a quelques mois, Sciencepost rapporait déjà la découverte d’une dent trouvée dans la Grotte Mandrin, dans le sud de la France. D’après son analyse, nos ancêtres auraient évolué sur place il y a au moins 54 000 ans, soit environ 12 000 ans plus tôt que prévu. Il s’agissait alors de la plus ancienne preuve connue de l’existence d’humains modernes en Europe occidentale. La découverte ultérieure de nouveaux projectifs dans la même grotte avait ensuite confirmé leur présence dans la région à cette époque.

Ainsi, il apparaissait il y a encore quelques mois que nos ancêtres directs étaient présents en Europe il y a 54 000 ans, puis il y a 42 000 ans. Vous remarquerez alors un grand écart de calendrier. Comment l’expliquer ? Dans le cadre d’une étude, Ludovic Slimak, archéologue à l’Université de Toulouse, affirme qu’une autre vague d’humains modernes pourrait avoir migré en Europe entre ces deux époques.

humains modernes
La Grotte Mandrin (le rocher au centre de l’image) en France. Crédits : Ludovic Slimak (CC-BY 4.0)

Trois vagues migratoires

Dans le détail, le chercheur s’est concentré sur un groupe d’artefacts précédemment découverts dans le Levant. Cette région comprend aujourd’hui Israël, la Palestine, la Jordanie, le Liban et la Syrie. On pense depuis longtemps que le Levant a été une « porte d’entrée » clé pour les premiers humains modernes qui quittaient leur Afrique natale. Et pour cause, près de 18 000 artefacts y ont été découverts, fournissant un suivi détaillé du développement technologique de l’humanité sur des milliers d’années.

En comparant les outils de la Grotte Mandrin avec ceux datés de la même époque déterrés sur site connu sous le nom de Ksar Akil, au Liban, le chercheur aurait alors identifié des similitudes notables. Cela suggère que les deux groupes étaient en réalité un seul et même groupe, le groupe levantin s’étendant en Europe au fil du temps. Il ressort également de ses observations que les artefacts protoaurignaciens (ceux vieux de 42 000 ans) auraient également des similitudes avec ceux d’une autre culture connue sous le nom d’Ahmarian, elle aussi originaire du Levant.

Autrement dit, le chercheur affirme avoir pu relier les populations de la Méditerranée orientale avec celles d’Europe occidentale pour les deux premières migrations précédemment évoquées : celle opérée il y a environ 54 000 ans et celle opérée il y a 42 000 ans.

Cela étant dit, il semblerait aussi les artefacts en pierre d’une culture européenne connue sous le nom de Châtelperronien ressemblent également fortement aux artefacts humains modernes vus au début du Paléolithique supérieur du Levant. Ces pièces châtelperroniennes dateraient d’environ 45 000 ans, ce qui nous place entre les deux époques citées ci-dessus.

Les scientifiques avaient souvent pensé que les Châtelperroniens étaient des Néandertaliens. L’étude soutient ici que ces derniers représentaient en fait une deuxième vague d’humains modernes en Europe.

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L’entrée de la grotte de Mandrin. Crédits : Ludovic Slimak

Et Neandertal dans tout ça ?

Comme dit plus haut, on a longtemps pensé que la disparition de nos cousins les plus proches il y a environ 40 000 ans avait coïncidé avec l’arrivée des premiers humains modernes en Europe. Il y a quelques mois, la découverte d’une dent vieille de 54 000 ans avait donc renversé cette idée, soulevant au passage une question importante. Si les premiers humains modernes sont arrivés dans la région il y a 54 000 ans, pourquoi ont-ils ensuite « disparu » des archives fossiles pendant encore 10 000 à 12 000 ans, tandis que Neandertal continuait à prospérer durant ce laps de temps ?

Pour les chercheurs, ce premier groupe d’humains modernes n’était probablement qu’un groupe restreint. Ainsi, il ne s’agissait probablement que d’une première incursion de nos ancêtres directs en France. Une fois ces derniers partis, Neandertal aurait donc « repris le contrôle » de la région. Ce que nous dit cette étude, c’est qu’une seconde vague d’humains modernes aurait migré en Europe occidentale un peu plus tard, il y a environ 45 000 ans. Une troisième vague serait ensuite apparue 3 000 ans plus tard, il y a 42 000 ans. Ainsi, Neandertal n’aurait pas disparu directement après l’arrivée de nos ancêtres, mais bien suite à une troisième vague de migration.