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La dernière fois qu’on avait vu ce Petit-duc, c’était en 1892

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Crédits : Andy Boyce

Pour la première fois en plus de 125 ans, des chercheurs ont pu observer et documenter un spécimen d’Otus brookii brookii, une sous-espèce du Petit-duc Radjah. Les détails de ces travaux sont publiés dans le Wilson Journal of Ornithology.

Une rencontre exceptionnelle

Nous sommes en mai 2016. Andy Boyce, écologiste du Smithsonian Migratory Bird Center, mène des recherches sur le comportement des différentes espèces d’oiseaux à différentes altitudes dans le cadre de son doctorat avec l’Université du Montana. Un jour, alors qu’il se concentre sur la capture et les mesures de plusieurs oiseaux chanteurs, il reçoit un texto de Keegan Tranquillo, biologiste de terrain au Bandelier National Monument du Nouveau-Mexique. Il venait de repérer un hibou étrange aux yeux orange.

Sur le moment, Boyce pense immédiatement à Otus brookii brookii, mais sans trop y croire. Et pour cause, aucun individu vivant de ce rapace, qui représente une sous-espèce du Petit-duc radjah (Otus brookii), n’a été observé depuis sa collecte en 1892 par Richard Bowdler Sharpe, à 2 000 mètres d’altitude dans la province malaisienne du Sarawak. Le chercheur se précipite tout de même sur un sentier le menant sur les lieux de la supposée rencontre.

« Si nous ne le documentions pas sur-le-champ, cet oiseau pouvait disparaître à nouveau pour on ne sait combien de temps« , expliquera ensuite le chercheur à la fois très excité et très nerveux.

Il le vit alors, toujours perché sur sa branche, un peu incrédule. Couvert de gris, de noir et de bruns foncés, ce hibou différait grandement de la teinte rougeâtre habituelle des hiboux les plus communs de la région. Il était également environ 25% plus gros. Enfin, ses iris orange perçants ne laissaient guère de place aux doutes : il s’agissait bien d’un Petit-duc radjah de la sous-espèce brookii.

Tout en essayant de ne pas déranger ou effrayer le hibou, Boyce et d’autres chercheurs ont méticuleusement photographié et documenté le spectacle qui s’offrait devant eux.

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Crédits : Andy J. Boyce et al / The Wilson Journal of Ornithology

Un rapace probablement menacé

Cette brève observation confirme que cette sous-espèce fréquente probablement les forêts montagnardes primaires au-dessus de 1 500 mètres d’altitude. En réalité, les chercheurs ne savent pas exactement où se trouve son habitat principal, tant les études menées à des altitudes inférieures sont difficiles à cause de la déforestation.

Les tendances nocturnes du rapace rendent également l’animal encore plus difficile à repérer. Et parce que l’oiseau n’a jamais été capturé, les chercheurs n’ont pas été en mesure de mener des études d’observation à long terme ou de collecter des échantillons de sang pour l’analyse génétique.

Enfin, pour ne rien arranger, on ignore encore et toujours ses qualités de chanteurs. Or, les appels d’oiseaux sont bien souvent un moyen facile d’appréhender une espèce d’oiseau.

Naturellement, ça n’a pas aidé les chercheurs qui, au cours des jours suivant cette incroyable rencontre, ont été incapables de repérer l’animal à nouveau. Ceci étant, la redécouverte de cet oiseau que l’on croyait éteint sur Bornéo est une excellente nouvelle, après celle de l’Akalat à sourcils noirs (Malacocincla perspicillata) l’année dernière.