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La « recongélation » des pôles est-elle une solution viable ?

Crédits : spalla67/Pixabay

L’Arctique et l’Antarctique se réchauffent plus rapidement que la moyenne mondiale, entraînant une fonte des glaces suffisamment importante pour élever le niveau de la mer. Pour tenter d’inverser la tangente, une équipe de chercheurs propose de libérer d’énormes quantités de produits chimiques en aérosol dans l’atmosphère dans le but de réduire la quantité de lumière entrante au niveau des pôles. Les détails de l’étude sont publiés dans l’Environmental Research Communications.

Les trois derniers rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dépeignent une situation climatique très inquiétante, soulignant également le manque de réponses pour tenter d’endiguer le problème. Au cours de la dernière décennie, par exemple, la température moyenne mondiale en surface était supérieure de 1,09 °C à celle de 1850-1900. En 2018, la moyenne mondiale du niveau de la mer avait également déjà augmenté de vingt centimètres au-dessus de la moyenne du début des années 1900.

L’Arctique est confronté à une menace particulièrement grave liée au changement climatique. D’après les dernières analyses, cette région se réchauffe environ deux fois plus que la moyenne mondiale. Cette situation résulte d’une combinaison de plusieurs facteurs, comme la réduction de l’albédo de la neige et de la glace de mer, l’augmentation du réchauffement descendant des ondes longues en raison de l’augmentation de la couverture nuageuse de l’Arctique et de la teneur en vapeur d’eau, ou encore de la meilleure absorption de la chaleur par l’augmentation des aérosols de suie et de carbone noir.

Bien que l’amplification polaire dans le pôle sud soit moins prononcée, celle-ci se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale. Il demeure également des inquiétudes concernant la fonte de la calotte glaciaire de l’Antarctique en tant que point de basculement du changement climatique.

Regeler les pôles

Compte tenu de toutes ces données, certains chercheurs proposent de regeler les pôles par l’injection d’aérosols stratosphériques. Il s’agit d’une intervention climatique prospective qui viserait à réduire le réchauffement climatique en augmentant légèrement la réflectivité de la haute atmosphère terrestre.

Plus récemment, une équipe dirigée par Wake Smith, de l’université de Yale, a présenté un plan selon lequel des avions volant à haute altitude pulvériseraient des particules d’aérosols microscopiques dans l’atmosphère à des latitudes de 60 degrés nord et sud. Pour y voir un peu plus clair, cela nous situe à peu près au niveau d’Anchorage, en Alaska, et la pointe sud de la Patagonie.

Le fait d’injecter ces aérosols à une hauteur d’environ 13 000 mètres (au-dessus des altitudes de croisière des avions de ligne) devrait les amener à dériver lentement vers les pôles, ombrageant légèrement la surface en-dessous. Ces injections de particules seraient effectuées de façon saisonnière pendant les longues journées du printemps local et du début de l’été.

Pour opérer, les chercheurs soulignent que les ravitailleurs air-air militaires préexistants, tels que le KC-135 vieillissant et l’A330 MMRT, ne proposent pas assez de charge utile aux altitudes requises. Les ravitailleurs à haute altitude nouvellement conçus pourraient en revanche être beaucoup plus efficaces. Une flotte d’environ 125 de ces pétroliers pourrait transporter une charge utile suffisante pour refroidir les régions polaires d’environ 2 ° C par an, de quoi les ramener près de leurs températures moyennes préindustrielles en un temps record.

Les coûts estimés d’un tel programme s’élèveraient à onze milliards de dollars par an.

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Crédits : Dan Beecham

« C’est de l’aspirine, pas de la pénicilline »

Le refroidissement des pôles ne fournirait une protection directe que pour une petite fraction de la planète, mains l’influence de ces régions polaires sur le reste du monde ne doit pas être sous-estimée. Par ailleurs, étant donné que moins de 1 % de la population humaine mondiale vit dans les zones de déploiement ciblées, un tel programme polaire entraînerait beaucoup moins de risques directs pour la majeure partie de l’humanité.

« Il y a une appréhension généralisée et raisonnable à propos du déploiement d’aérosols pour refroidir la planète« , note l’auteur principal Wake Smith. « Cependant, si l’équation risque-bénéfice devait être payante quelque part, ce serait bien aux pôles. Tout retournement intentionnel du thermostat mondial serait d’intérêt commun pour toute l’humanité« .

Les chercheurs conviennent également qu’un tel programme – qui ne manquera pas de susciter la controverse – ne traiterait que l’un des multiples symptômes du changement climatique, et non la maladie sous-jacente. « C’est de l’aspirine, pas de la pénicilline« , note le Dr. Smith. Il s’agirait donc d’un complément potentiel (mais pas un remplacement) d’autres stratégies climatiques, notamment l’atténuation, l’adaptation et l’élimination du dioxyde de carbone.