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Le réchauffement des lacs nordiques a été multiplié par 6 depuis un siècle

Crédits : Pixnio / Public Domain.

Le raccourcissement de la période de gel des lacs nordiques s’est récemment accéléré avec des impacts socio-économiques et écologiques croissants dans les domaines géographiques concernés. C’est ce qui ressort d’un travail récemment publié dans la revue scientifique Journal of Geophysical Research : Biogeosciences.

De nombreux lacs de l’hémisphère nord s’englacent durant l’hiver. Ce rythme saisonnier affecte de façon très concrète les transports, les loisirs ou les pratiques culturelles. En d’autres termes, les modes de vie. Pour ces raisons, des registres rapportant les dates de gel et de dégel sont disponibles depuis plus d’un siècle pour de nombreux lacs, offrant par là même des indications précieuses quant à l’évolution du climat.

Des lacs de moins en moins figés par le gel

Pour la première fois depuis 2004, des chercheurs de l’Université d’York (Canada) ont publié une réévaluation des tendances sur soixante lacs situés entre l’Amérique du Nord et l’Asie, en passant par l’Europe du Nord. Comme les séries utilisées couvrent des périodes longues de 107 à 204 ans, elles illustrent particulièrement bien les changements survenus depuis le début de l’ère industrielle.

Les résultats montrent qu’en moyenne, la date de gel survient onze jours plus tard et celle du dégel sept jours plus tôt qu’il y a un siècle. Par ailleurs, la durée pendant laquelle les eaux sont prises par les glaces a diminué de dix-sept jours. On constate sur la figure présentée ci-dessous qu’en dépit d’une variabilité d’un lac à l’autre, tous présentent une nette tendance à la baisse en lien avec le réchauffement de l’air et de l’eau.

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Évolution des dates d’embâcle (haut) et de débâcle (bas) pour une vingtaine de lacs représentatifs de l’échantillon plus large qui en compte soixante. Crédits : Sapna Sharma & coll. 2021.

« De manière alarmante, nous avons constaté que le réchauffement au cours des vingt-cinq dernières années, de 1992 à 2016, a été six fois plus rapide que toutes les autres périodes au cours des cent dernières années », souligne Sapna Sharma, auteur principal du papier. « Beaucoup de nos lacs approchent peut-être d’un point de basculement vers des conditions sans glace, ce qui aura de vastes implications culturelles et écologiques ».

Des implications environnementales et socio-économiques

En étudiant les registres historiques de la phénologie des glaces, les auteurs ont par exemple découvert que l’emblématique lac Supérieur qui jonche la frontière entre le Canada et les États-Unis avait perdu deux mois de gel depuis le début du suivi en 1857. Des lacs comme ceux d’Allemagne et de Suisse qui, jadis, s’englaçaient chaque hiver étaient quant à eux maintenant le plus souvent dépourvus de glaces.

« Les résultats étaient conformes à nos attentes, car la température de l’air a augmenté au cours des dernières décennies », rapporte R. Iestyn Woolway, coauteur du papier. « La température de l’air est l’un des facteurs climatiques les plus importants de la dynamique de la glace lacustre en raison de ses effets additifs sur diverses composantes du bilan énergétique du lac ».

La diminution de la couverture de glace lacustre n’a pas seulement des conséquences physiques telles une augmentation de l’évaporation et des précipitations régionales. Elle affecte également l’écologie marine, en favorisant entre autres les proliférations d’algues toxiques et en dégradant la qualité des eaux. Enfin, elle touche l’économie et les populations locales qui dépendent de façon critique de ces étendues de glace.