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Réchauffement global : voici l’impact déjà constaté sur la productivité agricole

Crédits : NASA.

Pour la première fois, l’impact du réchauffement déjà observé sur la productivité agricole a été évalué à l’échelle mondiale. Tandis que les résultats indiquent une réduction moyenne de la croissance depuis 1961, ils confirment aussi que les pays situés dans la bande tropicale sont les plus touchés. L’étude a été publiée dans la revue Nature Climate Change ce début avril.

Les impacts du changement climatique sur la vie socio-économique sont souvent discutés en termes de conséquences à venir. Par exemple, de nombreuses études de modélisation se sont focalisées sur les défis futurs que devra relever le monde agricole. A contrario, quelques-unes seulement ont évalué la façon dont le réchauffement avait déjà affecté ce secteur. Une approche qui tend à occulter le fait que le climat s’est déjà réchauffé de 1 °C depuis 1850, assez pour avoir de lourdes implications en termes de production agricole.

Climat et productivité agricole : des impacts déjà prégnants

Dans ce contexte, une étude majeure vient rappeler que le dérèglement climatique n’est pas seulement un défi futur. Il s’agit d’un phénomène dont les effets se font sentir depuis plusieurs décennies et à un rythme grandissant. Aussi, les chercheurs ont montré que le réchauffement avait réduit la croissance de la productivité agricole mondiale de 21 % depuis 1961. Et ce, malgré les progrès techniques effectués en vue de nourrir une population croissante.

productivité agricole
Évolution du TFP – voir texte – entre 1961 et 2020. Le graphique représente 2000 scénarios contrefactuels permettant d’évaluer l’impact du réchauffement sur la productivité agricole. La moyenne est indiquée par la courbe en bleu foncé. Enfin, l’intervalle de confiance à 90 % est montré en plage bleutée. La dispersion des simulations est représentative des incertitudes économétriques (statistiques) et climatiques. Crédits : Ariel Ortiz-Bobea & al. 2021.

« Nous constatons que le changement climatique a anéanti environ sept années d’amélioration de la productivité agricole au cours des 60 dernières années » rapporte Ariel Ortiz-Bobea, auteur principal du papier. « Cela équivaut à appuyer sur le bouton pause de la croissance de productivité en 2013 et à ne constater aucune amélioration depuis. Le changement climatique dû à l’Homme nous ralentit déjà ».

Ces chiffres très signifiants ont été obtenus grâce à l’élaboration d’un modèle économétrique robuste. Ce dernier, fruit d’une collaboration étroite entre économistes et scientifiques, permet de mettre en relation la croissance de l’industrie agricole et l’évolution des conditions météorologiques ou climatiques. Pour quantifier son influence à l’échelle mondiale, les chercheurs ont effectué des simulations avec et sans réchauffement planétaire. Et ce, en tenant compte des différentes sources d’incertitudes mais également de tous les types de culture ou de bétail. En effet, la variable travaillée – le facteur de productivité globale (TFP en anglais) – est une mesure dite agrégée.

Le monde tropical particulièrement affecté

Par ailleurs, les résultats montrent que les zones les plus touchées se trouvent dans les tropiques : Afrique, Amérique latine, Caraïbes, etc. Si cette réalité n’est pas une surprise, des quantifications précises peuvent désormais être avancées. Dans ces régions, le ralentissement de la productivité s’élève de 26 % à 34 % – et même plus régionalement. Des valeurs à mettre en parallèle à celles de pays comme les États-Unis ou la diminution se situe seulement entre 5 % et 15 %. « Dans l’ensemble, notre étude constate que le changement climatique anthropique a déjà un impact disproportionné sur les pays plus pauvres qui dépendent principalement de l’agriculture » note Ariel Ortiz-Bobea. « Il semble que le progrès technologique ne s’y soit pas encore traduit par une plus grande résilience climatique ».

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Impact régional du réchauffement sur la productivité agricole (en % du TFP). Crédits : Ariel Ortiz-Bobea & al. 2021.

Les seuls pays où le TFP est positif sont le Canada, la Russie et l’Islande, pour des raisons assez évidentes. En résumé, notre agriculture globale devient de plus en plus vulnérable aux aléas climatiques. Quand on sait que pour nourrir une humanité croissante, la productivité devrait au contraire croître toujours plus rapidement, ces résultats apparaissent particulièrement inquiétants. Ainsi, l’adaptation est une mesure plus que jamais d’actualité et qui devrait être plus sérieusement considérée. En particulier, aux latitudes tropicales et dans une perspective axée sur toute la chaîne d’approvisionnement.

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