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Le réchauffement climatique est plus rapide que l’évolution

Un poisson-zèbre. Crédits : Kuznetsov_Peter/Pixabay

Une expérience d’évolution artificielle menée sur plusieurs générations de poisson-zèbre suggère que même les espèces marines profitant d’un taux de reproduction rapide ne pourront s’adapter au réchauffement climatique actuel. Les détails de l’étude sont publiés dans PNAS.

Le monde est depuis quelques décennies le théâtre d’importantes mutations environnementales dopées par le réchauffement climatique. Nous savons que la grande majorité des organismes présentent une incroyable capacité d’adaptation, mais pourront-ils suivre le rythme pour autant ?

Il y a quelques mois, une équipe de chercheurs suggérait que même les oiseaux capables de s’adapter rapidement à l’évolution de leur environnement ont de plus en plus de du mal à s’adapter au réchauffement climatique actuel imposé par les activités anthropiques. Dans le cadre de nouveaux travaux, des chercheurs se sont concentrés sur le poisson-zèbre (Danio rerio). Et là encore, les nouvelles ne sont pas bonnes.

Une adaptation pas suffisante

«La question du sauvetage évolutif face aux impacts du changement climatique est extrêmement importante mais il est très difficile d’y répondre. Nous avons réalisé qu’une expérience de sélection artificielle serait un bon début pour tenter d’obtenir ces réponses», explique Fredrik Jutfelt, de l’Université norvégienne des sciences et technologies (NTNU).

Cette expérience aura impliqué plus de 20 000 individus élevés sur six générations (environ trois ans) dans une eau de plus en plus chaude. Ce travail fastidieux consistait donc à suivre des milliers d’individus sur plusieurs mois et à mesurer leur tolérance thermique.

Selon les résultats, cette évolution artificielle a augmenté la tolérance à la chaleur du poisson-zèbre de seulement 0,04 °C par génération. «Nous avons effectivement pu constater une évolution de la tolérance thermique de cette espèce, ce qui est étonnant en soi, note le chercheur. Malheureusement, le taux d’évolution que nous avons mesuré est plus lent que ce qui aurait été nécessaire pour une adaptation réussie au changement climatique».

Bien que les poissons-zèbres soient des poissons d’eau douce, Fredrik Jutfelt souligne que les poissons marins ayant des cycles de reproduction similaires peuvent réagir de la même manière. Il rappelle également que le poisson-zèbre a un taux de reproduction très élevé. Aussi, pour nombreuses autres espèces évoluant avec de longs cycles de reproduction, cette capacité d’adaptation pourrait être encore plus réduite.

réchauffement océans
Crédits : Pexels/Pixabay

Les océans, vastes puits de chaleur

Pour rappel, si l’effet de serre augmente bien la quantité d’énergie qui réchauffe notre planète, une bonne partie de cette énergie ne réchauffe pas directement l’air : elle est absorbée par les océans. En conséquence, ces deniers étaient plus chaud de 0,77 °C en 2019 par rapport à la moyenne du 20e siècle. Et ce réchauffement s’est accéléré. D’après une étude publiée dans la revue Advances in Atmospheric Sciences, le taux de réchauffement des océans aurait en effet augmenté de 450 % au cours des trois dernières décennies par rapport aux trois décennies précédentes.

En réponse, les espèces marines ont donc été contraintes de changer leurs habitudes. Les scientifiques ont toujours su que ces dernières ne pouvaient pas suivre l’accélération des températures océaniques, mais cette nouvelle étude permet aujourd’hui de véritablement quantifier ce retard.