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Les rats-taupes nus kidnappent les bébés des autres pour les transformer en “esclaves”

Crédits : Ltshears/Wikipédia

Une étude étonnante suggère que les rats-taupes nus, connus pour leur incroyable résistance, n’hésitent pas à voler les petits des autres pour les transformer en ouvriers. Un comportement déjà observé chez les fourmis esclavagistes telles que Formica sanguinea.

Les rats-taupes nus (Heterocephalus glaber) sont incroyables, et ce, pour plusieurs raisons. D’une part, nous savons qu’ils sont immunisés contre toute forme de cancer. Nous savons aussi qu’ils peuvent survivre près de vingt minutes sans oxygène. Et s’il en fallait encore pour nous convaincre, une étude publiée l’année dernière dans Science suggérait que ces rongeurs ont également développé des gènes permettant de les insensibiliser à certaines douleurs intenses. Toutefois, ces petits mammifères n’ont pas fini de nous étonner !

Des petits kidnappés et transformés en ouvriers

Les rats-taupes nus évoluent en colonies souterraines composées parfois de centaines d’ouvriers. Ce sont les plus grandes colonies connues de mammifères. Quasiment aveugles, la plupart des spécimens sont également stériles, tout comme dans les colonies de fourmis ou d’abeilles. Seule une “reine”, parvenue à assoir sa domination, parvient ainsi à se reproduire, capable de donner naissance à une trentaine de petits par portée.

Ceci dit, pour “faire marcher la boutique”, les rats-taupes nus ne s’appuient pas uniquement sur leurs propres mains-d’oeuvre. D’après de récents travaux publiés dans le Journal of Zoology, à l’instar de certaines espèces de fourmis, il s’avère que ces mammifères s’enlèvent également mutuellement leurs bébés pour les transformer en “esclaves”.

Dans le cadre de cette étude, une équipe de biologistes évolutionnistes dirigée par Stan Braude, de l’Université de Washington, a suivi il y a quelques années plusieurs spécimens au Kenya dans le but d’étudier leurs comportements souterrains. Ils ont alors découvert que plus d’une vingtaine de colonies avaient élargi leurs terriers aux colonies voisines. Et, surprise, ils ont également remarqué que treize individus de ces colonies envahies avaient disparu.

Quelques mois plus tard, les chercheurs ont finalement retrouvé deux de ces spécimens dans l’une des colonies envahissantes (une observation confirmée par analyse des tissus). Ces deux sujets, très jeunes, avaient été recrutés comme “travailleurs non reproducteurs”, d’après l’équipe dans son article. Un tel comportement d’enlèvement avait déjà été observé chez ces animaux en laboratoire, mais jamais dans la nature.

rats-taupes nus
Une “reine” gestante. Crédits : Chomez/Wikipédia

Avantage concurrentiel

D’après les biologistes, cette évolution s’est probablement développée chez les rats-taupes nus de manière à pouvoir extraire un maximum de ressources, rares dans leur environnement particulièrement aride, ou pour excaver un maximum de tunnels. Sur le plan physiologique, ces animaux sont d’ailleurs armés pour. Leurs mâchoires concentrent en effet plus d’un quart de leur masse musculaire. Et n’oublions pas les incisives proéminentes qu’ils utilisent pour forer leurs galeries.

De cette manière, les colonies en expansion augmenteraient leur avantage concurrentiel sur les colonies voisines.

Rappelons tout de même qu’il s’agit d’une observation unique. Des études supplémentaires seront donc nécessaires pour confirmer ou non la tendance. Néanmoins, “la faible probabilité de documenter ce phénomène avec nos méthodes de marquage-recapture, soulève la possibilité que ce comportement soit beaucoup plus courant et puisse être un facteur important de socialité et de taille de colonie extrêmement grande chez les rats-taupes nus“, concluent les chercheurs.