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Ralentissement du jet subtropical entre l’Europe et l’Asie : quelles causes, quelles conséquences ?

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Jet polaire et jet subtropical en hiver, saison où ce dernier reflue vers le sud. Crédits : NASA's Scientific Visualization Studio.

Les concentrations atmosphériques en particules fines en Asie et en Europe diffèrent au point de perturber le contraste thermique d’été entre le nord-ouest et le sud-est du continent eurasien. Or, cette influence a des implications très concrètes comme le montre une étude publiée ce 3 mars dans la revue scientifique Nature Communications.

Les régimes de circulation atmosphériques favorables aux épisodes de chaleur et de sécheresse prolongés ont augmenté à l’échelle du vieux continent et en Asie centrale au cours des dernières décennies. Ainsi, outre le réchauffement de fond, la circulation de grande échelle intensifie les phénomènes estivaux sur ces régions en concentrant l’énergie sous forme de dômes de chaleur.

Du lien entre pollution atmosphérique et affaiblissement du courant-jet subtropical

Une équipe de chercheurs de l’Université de Reading (Angleterre) a trouvé que ce changement dans la circulation atmosphérique n’était pas fortement lié, comme on le supposait jusqu’à présent, à la diminution du contraste thermique entre le pôle et les tropiques suite au retrait des glaces arctiques. Il trouverait plutôt son origine dans les concentrations atmosphériques en particules fines, aussi appelées aérosols, qui diffèrent fortement d’un domaine géographique à l’autre.

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Évolution du vent dans la zone du jet subtropical asiatique entre 1979 et 2019 selon quatre jeux de données. La tendance à la baisse est flagrante. Crédits : B. Dong & coll. 2022.

En effet, depuis 1979, la pollution aux particules fines a nettement augmenté au sud et à l’est de l’Asie tandis qu’elle a fortement diminué en Europe. Or, ces poussières ont la propriété de réfléchir très efficacement le rayonnement solaire incident, ce qui se répercute sur les contrastes thermiques à l’échelle du continent. C’est ce mécanisme qui, selon les chercheurs, est le principal facteur responsable de l’évolution observée.

En affaiblissant le différentiel thermique entre le nord-ouest et le sud-est de l’Eurasie, les aérosols anthropiques ont ainsi affaibli le courant-jet subtropical de 7 % entre 1979 et 2019. Cela implique des situations de blocages plus fréquentes et persistantes en saison chaude, mais signifie aussi qu’il s’agit d’une évolution assez facilement réversible, en particulier lorsque l’on tient compte du fait que l’augmentation des gaz à effet de serre tend à renforcer ce jet.

« Si les pays d’Asie du Sud-est respectent leurs engagements de réduire leurs niveaux de pollution de l’air au cours des prochaines décennies, nous nous attendrions à voir le courant-jet se renforcer à nouveau au-dessus de l’Eurasie, réduisant potentiellement la probabilité de vagues de chaleur prolongées, mais augmentant la probabilité de fortes tempêtes aux latitudes moyennes », rapporte à ce titre Buwen Dong, auteur principal de l’étude.